N'hésitez pas à ajouter des photos, des illustrations, des liens... Merci de choisir une catégorie pour chacun de vos textes. Par défaut il sera attribué à "Textes d'atelier".

Vous pouvez vous inscrire pour participer ou vous abonner pour être informé des publications. Pour créer le compte vous serez renvoyé à la page d'accueil, il suffit de 1)remplir le formulaire, 2) confirmer votre adresse en activant le lien que vous recevrez par mail puis 3) attendre le message qui vous confirmera que votre inscription été approuvée.

Blog ouvert à tous les participants des ateliers d'Alès, de Nîmes et des stages d'écriture.

Intrusion

L'église était pleine en cette veillée pascale, et l'assemblée était priante. L'église St Leu, à Paris, rue St Denis, n'est pas réellement une paroisse. Les gens qui s'y retrouvent pour prier ou pour célébrer sont pour partie du quartier, certes, mais les plus nombreux sont des hommes et des femmes venant de tout Paris, qui ont trouvé ici une qualité de célébration qui leur convenait. L'assemblée était recueillie, participant aux répons et aux chants. Pendant le prêche on voyait parfois deux têtes se pencher l'une vers l'autre pour échanger un mot ou un sourire de connivence. Des enfants courraient librement mais silencieusement d'un banc à l'autre ou bien de leurs parents vers l'autel ou l'ambon. Le calme de l'assemblée et les raisons de sa présence ici contrastaient avec l'animation bruyante et mercantile de la rue St Denis, plus connue pour ses "belles de jour" que pour ses sanctuaires. Et c'était un des charmes du lieu, dont chacun était plus ou moins conscient. Ça n'était pas une foule mais bien une assemblée.

Ce soir là pourtant, au moment de la consécration, un bruit de porte poussée sans ménagement fit entrer un bref instant l'atmosphère de la rue. Le silence qui suivit se fit différent. Tout au fond, au milieu de l'allée centrale, depuis la porte qu'il venait de pousser, un bonhomme avançait, en jean et en santiags, chapeau de cow-boy sur la tête, manches retroussées; mains sur les hanches et coudes écartés, le menton haut, dans une attitude évidente de défi. Des têtes se retournèrent, surprises, curieuses ou inquiètes de ce changement perceptible dans la qualité du silence maintenant rompu par le martellement de ses bottes. Il vint se planter devant, les yeux tournés vers le célébrant. Allait-il parler ? Crier ? Interpeller le célébrant ? Faire un scandale ? Avait-il bu ? On put lire ces questions sur les visages, et même parfois des frémissements de retrait tandis qu'il s'avançait lentement vers l'autel.

L'officiant continua sa prière tout en manipulant le pain et le vin, et lorsqu'il éleva l'hostie, toute l'assemblée leva les yeux avant de baisser la tête en signe d'humilité. Dans l'allée, devant tout le monde, le bonhomme était là, silencieux, les mains dans les poches, impressionné peut-être par l'absence de réaction, l'absence d'hostilité. La messe suivait son cours, l'assemblée, paisible, avait admis l'intrus.

Sans plus de scandale il se retourna et remonta l'allée. C'est un bruit de porte discret qui signala son départ.

Le PLEIN de synonymes
Superposition des temps
 

Commentaires

Déjà inscrit ? Connectez-vous ici
Pas encore de commentaire. Soyez le premier à commenter

Uniquement vous abonner?

Ou poster un texte, une photo, un lien...

Inscription blog

Derniers commentaires

Il n'y a aucun commentaire.
X

Pas de copie.

Pas de copie. Merci