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Ouvert à tous les participants des ateliers d'Alès, de Nîmes et des stages d'écriture.

Superposition des temps

"A deux cent mètres tournez à droite".Oui, nous y voilà, le chemin est moins large, envahi par les fougères. "Vous êtes arrivés". Arrivés ? Je ne pense pas avoir été arriviste pourtant, mais oui, je suis arrivé, arrivé à vivre, et même à être heureux... Ici par exemple, à Gally, j'ai été heureux, sinon je ne serais pas là !

C'était déjà un coin tranquille, abandonné depuis peu. La baraque était bien debout, avec ses murs en schiste et son toit de tuile, mais son propriétaire était décédé juste avant le camp. Elle n'est plus maintenant qu'un tas de pierres d'où dépassent quelques poutres, des genêts et quelques frênes déjà hauts. L'Ance, la rivière semble toujours aussi calme, transparente et peu profonde. Mais il y a déjà plusieurs années qu'elle a emporté le pont. Il nous en avait coûté du travail, ce pont, tout en rondins et brelages. Claude y avait perdu un ongle, sous un rocher qu'il tentait de déplacer. C'était lui le chef, grand, maigre, fin, éternellement coiffé de sa casquette. Je l'ai perdu de vue il y a bien longtemps.

Des gens viennent encore ici sans doute : à l'emplacement du pont quelques gros rochers ont été placés, formant un pas japonais qui permet de franchir à sec les quelques mètres de ruban mouvant et scintillant. Au delà c'est la clairière, herbeuse, cernée par la forêt de pins, elle même envahie de fougères. Au delà encore c'est la côte, raide, avec à ses pieds la source. Où était-elle déjà ? Plus loin à droite... Oui là l'herbe est plus verte, plus grasse. Elle coulait déjà juste ce qu'il fallait pour boire et pour la cuisine. Il a fallu la faire analyser pour être sûr qu'elle soit potable. Elle l'est encore : il n'y a toujours pas d'industrie dans la vallée et les troupeaux sont beaucoup plus haut, sur le plateau. La vaisselle et la toilette c'était dans la rivière.

Là où se déroulaient les jeux et les ateliers se dresse maintenant une cabane en bois, en rondins emboités, comme au Canada. La fenêtre n'a jamais eu de vantail ; la porte n'a jamais eu de serrure. C'est Christian qui l'a construite, cette cabane, bien après le camp, et ils y ont passé des jours heureux, eux aussi. Christian qui erre maintenant comme une âme en peine dans sa propre maison en proie à une absence dévastatrice.

C'est là qu'à l'heure du coucher, après la veillée, alors que les gamins s'enfilaient dans leurs duvets, j'ai surpris une conversation, entre Gilles et Charles-Henri. J'ai oublié de quoi il s'agissait mais c'était sérieux et profond. Il était sérieux déjà, Gilles, philosophe, et doué : il a fait médecine... mais voilà bien 20 ans qu'il s'est suicidé. Charles Henri est notaire, un homme sérieux, donc, mais qui ne l'était pas à l'époque ; et les photos sur facebook laissent entendre qu'il lui est resté un peu d'enfance.

Au centre de la clairière on voit encore l'emplacement du feu de camp autour duquel se passaient les veillées. C'est là où nous avions mis en scène la vie imaginée de saint Tiburce, dont nous ne savions rien, et dont j'ai tout oublié. Je crois entendre monter du feu ce chant de Greame Allwright : "buvons encore, une dernière fois, à l'amitié, l'amour, la joie, on a fêté nos retrouvailles, ça m'fait d'la peine mais il faut que je m'en aille".

L'air fraîchit, la brume monte, il me faut rentrer si je ne veux pas risquer de meperdre sur le sentier.

Intrusion
Phrase longue
 

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Invité
samedi 17 août 2019
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