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Atelier accumulations - Dans le bric à brac de cousine Hélène

Cousine Hélène habitait le premier étage d'un bel immeuble en pierre situé juste en face de l'église. Son appartement était vaste et majestueux avec de longues fenêtres en forme d'ogive et de hauts plafonds. Elle y vivait seule, elle était veuve et n'avait pas eu d'enfants. Mais il fallait bien tout cet espace pour y loger avec le soin nécessaire le sacro saint fouillis parfaitement ordonné - au moins à son idée -de ses collections d'objets. Son mari, Edouard, avait été médecin militaire et elle l'avait suivi dans pas mal de pays du globe, au moins dans ceux où il devait séjourner le plus longtemps. Indochine, Moyen Orient, Afrique du nord et Afrique noire étaient les régions du monde qu'elle connaissait le mieux. Son appartement était devenu le sanctuaire de tous ses souvenirs. Je me souviens des odeurs mélangées qui dés la porte franchie me saisissaient en pénétrant dans la grande salle à manger. A peine posait on un pied prudent sur le parquet au point de Hongrie que l'on était aussitôt submergé par des effluves d'encaustique auxquelles se mêlaient un soupçon de miel, un relent de naphtaline, une pointe de santal et peut être un léger trait de térébenthine.

Un couloir faisait suite à la salle à manger. Il était sombre, on n'y voyait guère. Mais en s'en approchant des odeurs nouvelles s'imposaient : bergamote, caramel, cannelle, vanille, poivre vert, clou de girofle, cardamome, et un petit quelque chose insinuant qui faisait penser à des pommes oubliées dans un pressoir. C'était étourdissant. A chaque visite je m'en émerveillais en m'efforçant de tout retrouver. Mais ce dont rapidement mes narines devenaient prisonnières c'était un délicat sillage de violette qui accompagnait ma cousine et ses jupons partout où elle passait. Elle raffolait de cette senteur, se fournissant à grands frais chez le meilleur pharmacien de la ville en savonnettes de luxe de fabrication artisanale. J'aimais plus que tout embrasser la douceur parfumée de ses joues lisses que les rides avaient épargnées. J'étais toujours bien accueillie. Il faut dire que cousine Hélène était aussi ma marraine. Je lui devais mon prénom. Ma mère voulait m'appeler Anne-Marie mais elle hésitait et se laissa convaincre par cet argument infaillible : « Appelles là plutôt Hélène, c'est un nom de reine ! ». La franchise me pousse à préciser que si de royauté je n'entendis guère parler au cours de ma vie, j'eus par contre les oreilles rebattues avec « la Belle Hélène » qui comme chacun sait ne fut pas des plus bénéfiques pour son entourage...

Cousine Hélène avait de l'indulgence pour la petite curieuse que j'étais, je crois qu'elle m'aimait bien et que mes questions l'amusaient. Après m'avoir servi un goûter plantureux - les odeurs du couloir n'étaient pas trompeuses –de temps en temps elle acceptait que je l'accompagne pour ce qu'elle appelait « la revue générale des santons du monde ». Nous retournions alors dans la grande salle avec chacune en main un plumeau en plume d'autruche et on passait effectivement en revue pour les épousseter puis les reposer délicatement à leur place tous ses objets qui représentaient autant de moments de vie et de lieux extraordinaires où elle et Edouard étaient passé : statuettes d'ivoire du Congo, pipe à opium de Saigon ou de Hanoï, masques de guerre de Dakar, coiffes de fête d'Abidjan, poupées miniatures de Ventianne, paniers en bambou de Luang Prabang, bouddhas de toutes tailles en provenance de Bangkok, de Rangoon, ou d'Angkor, plateaux de cuivre ou d'argent berbères, théières de cuivre, de terre ou d'argent du Maghreb, chapeau bambara de Mauritanie, Statuette maternité du Mali, boites en argent du Cambodge, une troupe d'éléphants en bois, en bronze, en poterie, en argent, aux flancs lisses ou garnis de perles, poupées fécondités du Cameroun, cloche ancienne de Guinée, tabourets de bois du Soudan, tampons à batik en bois sculpté du Rajasthan, une inquiétante bouteille d'alcool de riz de Phnom Penh renfermant un serpent dont on voyait distinctement les crochets, un petit chariot en palissandre et marqueterie de Madagascar et même deux énormes Cocofesses d'Indonésie !!!

Tout cela cohabitait en un joyeux foutoir où elle seule se reconnaissait. Chaque objet avait son histoire. Parfois elle avait envie de raconter une ou deux anecdotes à leur sujet ; parfois elle secouait la tête sans mot dire et je sentais qu'il ne fallait pas la questionner. Alors je caressais simplement du doigt mes préférés et je respectais son silence.

Bien plus tard j'ai appris l'expression : « cabinet de curiosités » et j'ai compris que pour moi nulle part ailleurs dans le vaste monde que chez cousine Hélène ces termes là ne seraient plus exacts !

Hélène Delprat 

Le 16 Mars 1996
​Il a sonné à la porte.
 

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