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Chère cousine, Dans mon pays, la Carélie, les habitants possèdent tous une petite boîte pas plus grande qu'un plumier qu'ils gardent cachée sous l'écorce, dans l'épice du bois. En buis, elle bat. Ils y rangent, dit-on, les lettres de l'aimée, des fleurs séchés et quelques parfums précieux. On ouvre ces boîtes en leur chuchotant l'aurore. Ce matin, j'ai chuchoté et la boîte s'est ouverte comme une ...
Elle porte l'Afrique sur sa tête. L'Afrique entière. Avec les savanes et les forêts vierges. Elle porte une grande bassine d'eau. Toute l'eau de l'Oubangi et du Congo. Elle porte un grand sac sur le dos, plein du poids des bananes. Elle porte le dernier né sur la poitrine. Qui dort la bouche pleine du sein Elle porte le prochain dans le ciel de son ventre. Elle porte un boubou en cotonnade Qu...
Un de ces jours qui ne me dit rien. J'ai beau secouer ma mémoire, rien ne tombe. La terre a pourtant fait un tour et moi 48.000kms. mais rien. Aucun souvenir. Jour blanc. Comme si j'avais été un fantôme... ou victime d'un tour de passe-passe. Mais ce jour-là justement un crime a été commis dans le voisinage. Il me faut absolument trouver un alibi. --------------------- Ce jour-là monsieur le ...
J'ai appris à lire à deux ans. A écrire à trois. Merci sœur Saint Louis. C'est un prodige disaient les grandes personnes autour de moi. Il a des dons, il ira loin. Je voulais devenir coureur automobile comme Fangio, mais on m'a mis à l'école d'écrivains. J'ai appris par cœur les auteurs grecs et latins. J'ai écrit mon premier roman. Un succès. Douze Césars. La Une de Paris Match. Traduit...
De temps en temps j'ai une âme elle vient, elle va sans emploi du temps particulier sans agenda Elle arrive chez moi à l'improviste s'assoie allume une cigarette fait des ronds de fumée trempe un biscuit dans le café Une autre fois je la surprends sur le balancier de la pendule faisant des pointes sur la mosaïque ou en équilibre sur la page d'un livre qu'un courant d'air malicieux fait tourner Mai...
​ Ce matin en me réveillant, un petit chat ronronnait contre mon cou. Vous imaginez ma surprise puisque je n'ai pas de chat. En plus il était de toutes les couleurs, jaune, vert, bleu, rouge. Un moment et je réalisais que c'était un rayon de soleil entré par le vitrail de ma chambre. Faut dire qu'il fait froid dehors et qu'il devait se geler les bonbons. Je l'ai laissé dormir le temps de me laver ...
"Mais enfin qui sont ces neilikkas ?" me demandait-on à la fin de ma conférence au Congrès de Métaphysique Appliquée (Bruges, 26 Sept). Une feuille de menthe dans une tasse de thé ? Une goutte de rosée sur la moustache d'un phoque ? Un grain de beauté sous un carré Dior? Non, je ne savais pas, malgré toute une vie consacrée à l'étude de ces créatures éminemment rétives à l'apprivoisement conceptue...
Ce matin-là, « Lève-toi, tu vas être en retard » me dit maman en ouvrant les volets (maman c'est mon meilleur réveille-matin). D'un bond je me lève. En retard ? Non, surtout pas aujourd'hui ! Vite. Un tour de gant sur la figure, une noisette de dentifrice et hop ! J'avale les escaliers par quatre et mon bol de café au lait. Vite. Moufles, bonnet, cache-nez. «Tu n'as rien oublié au moins ? le cerf-...
« Les yeux sont des oiseaux prisonniers » Malaparte J'habite au château. Mon père est roi, ma mère reine. Köning und köningin von Polen, aiment-ils dire sous les grands lustres éclatants de mille petits soleils. Das Vaterland von Chopin ajoute mon père qui joue du piano comme si Chopin habitait chez nous. C'est un grand château. Si grand qu'on ne peut pas jouer à cache-cache sans risquer de se per...

En entrant on est accueilli par le grand acacia qui agite ses branches un peu comme un éléphant ses oreilles. C’est sa façon à lui de recevoir les gens. Immense et silencieux, il règne sur la cour comme un directeur d’école. Parfois il se met un nuage sur la tête pour se donner l’air sérieux.


Au printemps il s’habille de fleurs et d’abeilles. Une saute de vent et hop il neige sur la cour en plein mois de mai.
Les tourments de la vie ont creusé dans le tronc une sorte de cheminée par laquelle on grimpe jusqu’à la première branche. De là, par temps clair, bravant l’interdit, on saute, les bras ouverts en parachute. L’acacia a toujours gardé le secret.

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