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Dans le sillage de Léonard

La soirée avait commencé dans une ambiance bizarre. Le ciel resté longtemps noir et menaçant avait fini par exploser en éclairs, coups de tonnerre et grosse pluie lourde. Regarder par la fenêtre était d'une tristesse sans nom. Pour compléter le tableau j'avais écouté en boucle ce vieux CD de Léonard Cohen qui parlait de la fin d'un amour et puis de frontière, de fusil, de partisans. Sa voix rauque qui raclait la musique m'envoutait et me faisait sombrer dans un puits de mélancolie. J'essayais vaguement de reprendre le fil d'un de mes articles que je devais rendre sous huit jours quand j'entendis un drôle de petit grattement.

Je ne savais pas d'où il venait mais il était perceptible malgré le grondement de l'orage en train de s'éloigner. Je regardais derrière moi, rien. Je prêtais l'oreille. Le bruit venait de la porte. Je restais sans bouger une poignée de secondes attendant que le bruit reprenne. Cri cri cri… C'était bien de la charnière de la porte que ce crissement semblait venir. Cette porte avait la particularité d'être juchée sur une petite marche qui rattrapait la différence de niveau entre mon bureau et le salon. Il semblait que c'était cette marche qui crissait toute seule. Le fantôme de la marche était il de sortie ? Je reculais mon siège et me postais dans l'encoignure. Plus aucun bruit. Je patientais encore un peu. Et soudain je vis apparaître de dessous la marche un petit nez pointu furtif. Je restais coi retenant mon souffle. Cri cri cri... fit l'apparition. J'eus juste le temps d'apercevoir deux petites billes brillantes et un triangle d'oreille et frtt… tout disparut.Était-ce vraiment une petite souris ? Même pas aperçu le fil d'une queue… J'attendis de longues minutes sans bouger, évitant de faire couiner mon fauteuil. Comme rien ne se passait je saisis d'un geste retenu le biscuit entamé posé à coté de ma tasse de café et le déposais délicatement près de la marche. Le fauteuil eut son petit grincement habituel. Rien d'autre ne se produisit pendant un bon moment. Pourtant je ne bougeais pas plus qu'un spectre intimidé.

J'attendais. J'avisais soudain une petite serviette en tissus éponge qui était sur mon bureau pour parer aux éventuelles inondations. Sa couleur m'avait plu dans le rayon du supermarché : une sorte de serpillère des mers du sud. Après tout on peut trouver de la poésie même dans du quotidien tout bête ! Elle était toujours là, à côté du plumier plein de trombones, de la grosse loupe, du vide poches à tête de lapin et de la boite à cigares pour les moments d'inspiration asséchée. Objets familiers qui accompagnent, qui rassurent, qui consolent. J'attrapais le chiffon de la main droite et me penchais précautionneusement vers le petit orifice d'où avaient jailli tout à l'heure les petits yeux curieux. J'attendais. Tout était silencieux. Et soudain : cri cri cri… J'abatis une main sans miséricorde sur la bestiole qui se retrouva prisonnière dans le chiffon turquoise. Ah, quelle était étonnée la petite souris - car s'en était bien une – avec un festival de petits mouvements dans tous les sens. Mais je la tenais bien, en essayant de ne pas l'écraser toutefois. Elle avait une tête allongée, des oreillesrejetées en arrière, un petit nez pointu et de fines moustaches transparentes. Ses yeux semblaient deux petits boutons de verre d'un noir brillant, apeurés, courroucés aussi peut être. Elle était à la fois menue, fragile et douée de force ! Si vivante ! J'attendis qu'elle se calme en remontant doucement le pouce comme pour une caresse. Je trouvais qu'elle avait une tête à s'appeler Mauricette et ça me fit sourire. De la main gauche je récupérais le morceau de biscuit et le lui mis sous son nez qui se mit à frémir. Mais elle n'essaya même pas de croquer. Je sentais battre son petit cœur. Bon qu'est ce que j'allais faire de Mauricette ? J'étais indécis. Léonard avait beau entonner : « Hallelujah, Alléluia... »cela ne m'aidait pas. Si je la lâchais, elle s'enfuirait et ne reviendrait pas et moi j'avais envie de compagnie. Je me rassis dans le fauteuil, reposais doucement le bras qui tenait ma prisonnière sur mes genoux, sur le velours usé de mon pantalon. Et je me détendis. La musique m'entourait insinuante, chaude comme une cape de berger, la voix maintenant m'entrainait sur les flots du St Laurent, j'y voguais les yeux fermés avec une Suzanne « crazy » qui se nourrissait de thé et d'oranges et Jésus qui marchait sur l'eau...

Soudain Mauricette posa sa petite patte sur ma main en me fixant de ses yeux noir brillant me dit :

- « N'aies plus peur, aies confiance, suis moi dans le monde sous terrain, là où les hommes ne vont plus parce qu'ils ont perdu le pouvoir de comprendre et de s'émerveiller.

Et sa petite patte prit ma main, la retourna, appuya fortement sur la paume. Au fur et à mesure de la pression je rapetissais, de plus en plus, de plus en plus.

- « Dépêche toi donc » !

Je courus derrière Mauricette et après elle je m'insinuais dans le petit trou où je pénétrais sans difficulté. Ce n'était pas si petit en fait. Un long chemin bordé de longs peupliers bleus conduisait à une clairière pleine de lumière, bleutée elle aussi. J'étais étonné. Ce matin je ne voyais ma vie qu'en noir et blanc et voilà que maintenant elle se paraît de tout ce bleu. Un bleu à la fois ciel et mer.Un bleu où on pouvait voler et voguer à la fois. D'ailleurs dans les flots nuages il y avait une sirène qui avait le visage de Suzanne, ma Suzanne à moi qui avait « touché mon corps avec son esprit ». Enfin, celle qui était à moi avant… Elle se balançait dans l'onde cumulus, elle s'enfuyait la perfide. Hélas…

- « Mais regardes là mieux, tu ne vois pas qu'elle sourit ? Tout n'est peut être pas perdu, cours lui après, demande lui pardon. Tu as bien des tords toi aussi ! Réfléchis un peu. Ici tu peux comprendre ce que tu n'arrivais pas à saisir dans l'autre monde ! La vie est trop courte pour la gâcher avec un stupide amour propre et une mauvaise foi de pot de fer. »

Suzanne souriait de cet air rêveur et mystérieux qui me charmait la plupart du temps, m'irritait aussi parfois. Elle était belle c'est vrai. Et peut-être que moi je ne la méritais pas…

Mais si j'essayais encore ?... La souris le dit, je dois y croire, ne plus avoir peur. Je me lance dans les flots…

Et je glisse du fauteuil me retrouvant sur le derrière, le chiffon turquoise serré dans mon poing. Vide bien sûr. Mauricette a pris la poudre d'escampette pendant que les dernières notes lancinantes de la chanson « Suzanne » s'égrènent. Ce bon Léonard Cohen, il n'est pas si triste finalement. Comment se fait-il que les gens pas joyeux peuvent avoir le talent de transcender du bonheur ? Peut-être est-ce la magie de la poésie ?

Je vais appeler Suzanne.

Agricol Perdiguier, un homme étrange
Bois-joli et Sœur Fougère
 

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