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Huit minutes et des poussières

Ce matin-là, « Lève-toi, tu vas être en retard » me dit maman en ouvrant les volets (maman c'est mon meilleur réveille-matin). D'un bond je me lève. En retard ? Non, surtout pas aujourd'hui ! Vite. Un tour de gant sur la figure, une noisette de dentifrice et hop ! J'avale les escaliers par quatre et mon bol de café au lait. Vite. Moufles, bonnet, cache-nez. «Tu n'as rien oublié au moins ? le cerf-volant? …boutonne ton duffle-coat !… »me dit maman en démêlant mes cheveux à coups de peigne et de Pétrole Hahn… «…et n'oublie pas d'envoyer une carte postale ». Vite, un câlin à Amador (qui suivait mes allées et venues sous sa tignasse briarde) et me voilà parti.

Tout essoufflé j'arrive à la gare. Bondée ! Une vraie fourmilière. On allait, on venait, on parlait fort, avec les bras, avec les mains, on s'embrassait, on cherchait sa place… bref, le brouhaha habituel des aérogares. Dans la cohue j'ai fini par retrouver mes copains de classe et les autres avec qui je joue au foot le jeudi. Il y avait des filles aussi, pétulantes et boutondorées, et ça c'était sympa parce que dans notre école il faut escalader le mur pour voir les filles en cachette.

C'est à ce moment que la fièvre du départ m'a attrapé et m'a serré le ventre dans ses pinces de crabes. Mais ça n'a pas duré car le Grand Protopope est apparu au balcon, habillé comme un roi de jeu de cartes. D'un geste il a fait le silence. D'un autre il a donné le signal du départ. Tout le monde s'est élancé en même temps… immense envolée… myriade de passereaux…

Chacun est parti à sa façon. Les uns ont ouvert les bras pour imiter les anges. D'autres sont montés dans des avions en papier. D'autres encore se sont jetés tête la première, à fond, pour être les premiers du peloton. Moi j'ai déplié mon cerf-volant tranquillement et je me suis laissé emporter...

Paillettes, confettis, lampions… l'air était en fête. Les gens nous acclamaient en passant. Des braseros lançaient des tourbillons d'or comme les toros de fuego à Pampelune. On déambulait dans un immense kaléidoscope, un champ d'abeilles multicolores, enivrés de l'importance de notre mission.

Au bout d'un moment les braseros se sont éteints un après l'autre, l'air est devenu rare, le paysage morne, grisaille. Puis le noir a buvardé les dernières taches de lumière boréale et tout est devenu noir. Noir pur. Noir réglisse. Puis le silence. Absolu. Sépulcral. Puis le froid avec ses grandes jambes de glace et ses doigts d'engelure.

J'avançais dans ce vertige d'encre, sans savoir où aller, à tâtons, mains d'aveugle, pelotonné dans mon manteau, grelottant des os … Je me mis à penser au ronron du poêle dans le salon, au petit chat sur les genoux, au poème pour piano de Khatchatourian…puis je n'ai plus pensé du tout… comme quand on est mort.

Soudain, Boum ! Aïe Aïe ! Cogné le front à un Boeing 747! Quel con cui-là! Mais en ouvrant les yeux, surprise, la lumière était revenue, comme sortie de la manche d'un enchanteur, bleue, bleue Mer Egée, sous un grand abat-jour frangé de nacre… Et puis j'ai retrouvé tous mes compagnons d'odyssée, ils étaient tous là même les filles. On était contents de se retrouver et on s'est fait plein de selfies.

On a fait un bout de chemin ensemble puis chacun est allé de son côté. Qui sur les neiges du Kilimandjaro. Qui en Estonie avec la cigogne de Nils Hölgerson. Qui au Japon pour la fête des cerisiers en fleurs…

Moi, je suis arrivé dans une maison blanche aux volets verts, avec des pivoines dans le jardin et les vocalises d'un merle amoureux sur l'antenne de télé. J'ai traversé le carreau (il m'a laissé passer malgré le cerf-volant) et je me suis retrouvé sur une table en formica rouge. Fin du voyage. J'ai essuyé mes chaussures de leur poussière cosmique, enlevé mon alpaga et je me suis assis sur le bord d'une tasse de chocolat entournée de fumerolles. Très vite le givre de mes cils a fondu, et le sang s'est remis à circuler dans mes veines tandis que du bout des orteils je faisais des ronds dans le chocolat. À côté de la tasse il y avait une tartine de pain grillé, avec du beurre et du miel d'acacia qui coulait entre les doigts…

Huit minutes et des poussières plus tard, dans un pavillon de banlieue quelque part en Poméranie:
« Maman, il y a un rayon de soleil qui petit-déjeune avec moi. Il a un bobo au front, il faut lui faire un pansement»

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* Huit minutes est le temps pour un photon solaire de parcourir les 145 millions de kms qui le sépare de la terre. (Espace de vide de froid et de noir absolu)

( texte embryonné dans un stage cévenol en 2018)

Les Neilikkas
Les écrits de Dominique à l'honneur...
 

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