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​Il a sonné à la porte.

Il a sonné à la porte et on lui a ouvert, car sa visite était prévue, programmée pour ainsi dire, annoncée par un courrier officiel. Cette année là, la France entière passait du courant 110 volts au courant 220 et les services d'Electricité de France procédaient aux changements de tous les appareils électriques en activité dans tous les foyers. En activité, c'est beaucoup dire, car à cette occasion, on vit descendre des greniers maint appareils hors d'usage que l'on pensait pouvoir ainsi se faire remplacer gratuitement.

L'homme est entré donc et volubile, il a donné toutes les explications que l'on attendait de lui et même d'avantage : il était le messager du progrès et du bonheur ménager. La mère et la fille l'écoutaient avec attention et plaisir. Il avait le mot pour rire et le clin d'œil facile. Il repasserait dans une semaine exactement pour récupérer les vieux appareils que l'on aura rassemblés à son intention dans ce carton et encore huit jours après il en rapporterait des neufs, bien aux normes, bien modernes !

Huit jours après la mère est à son travail et c'est la petite fille seule qui lui ouvre la porte. Elle est ravie, elle le connaît, il est drôle ce Monsieur.

Il empile dans son carton les ustensiles du passé . Il plaisante :

- C'est à toi cette boite à musique ?

- Oui, c'est un électrophone, un Manufrance. On va me le changer ?

- Certainement. On va voir comment il marche ; tu as un disque pour qu'on l'essaie ?

- Bien sûr : celui là, c'est le dernier Claude François !

- Bonne idée, tiens ! tu vas danser pour moi et on verra si tu es belle, belle, belle...

La petite fille rit et s'exécute docilement. Elle glisse sur ses pantoufles et se balance au rythme de la musique. Elle est contente de faire tourner sa jupe grise toute neuve, une jupe « charleston » avec des plis plats et des surpiqures blanches sur le dessus. C'est presque une jupe de grande, toute pareille à celles que l'on voitdans l'Echo de la Mode. Si elle pouvait porter des bas,elle serait comme une dame, mais cela ne se fait pas à douze ans et demi ! Les plis s'ouvrent en corolle. Le Monsieur bat le rythme avec les mains, ses mains qui essayent d'attraper les plis et frôlent les jambes de la petite fille, ses jambes nues, sans bas avec des petites soquettes blanches au bout des jambes, les mains qui frémissent et qui tremblent...

Il y a un petit changement dans l'atmosphère, quelque chose d'impalpable mais de désagréable. Un frisson court sur la nuque de la petite fille. Elle s'arrête de danser. Elle se recule sans regarder le Monsieur. Son cœur bat fort. Ses joues la brûlent. Elle a peur et honte, elle en sait pas trop pourquoi .

- Il faut que j'aille finir mes devoirs car maman va bientôt rentrer ; c'est son heure .

- Tu ne veux plus danser pour moi ?

La petite fille secoue la tête négativement. Un silence, lourd. Le quarante cinq tours a fini sa course et le saphir raye le cercle de papier .

- Bon allez, j'emballe tout le matériel et retour dans huit jours, tu le diras à ta maman !

Huit jours après, c'est sur le paillasson que l'on a trouvé le carton d'EDF avec les ustensiles neufs. Le Monsieur n'a pas sonné à la porte.

Hélène Delprat

Atelier accumulations - Dans le bric à brac de co...
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