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J'habite seul au quinzième étage

Aquarelle de Renée-Lise Jonin

J'habite seul, au quinzième étage, dans un immeuble de studios, à la ZUP. Les voisins ne vous adressent pas la parole, c'est comme une règle en vigueur qui ne serait pas écrite. Ils n'ont pas leur nom sur la porte. Ils se méfient.

J'ai dit que j'habitais seul. C'est simplement une manière de parler. C'est adopter un point de vue extérieur, celui de gens ordinaires qui pourraient m'observer avec tous leurs préjugés sur la notion de solitude. En fait, j'ai auprès de moi une mouche de compagnie. Je l'ai recueillie cet hiver. Elle était en train de mourir de froid. J'ai voulu appliquer le fameux Faites aux autres ce que vous voudriez qu'on vous fît et j'ai ouvert pour elle la fenêtre de ma chambre, bien chauffée. J'apprécie la présence d'Aglaé – c'est là le nom que je lui ai donné – elle est discrète et bienveillante, exactement comme j'aime que soient les gens.

Avant, j'avais un chat qui s'appelait Skippy. Il s'est étranglé avec un os de poulet. Il a été renversé par un camion un jour qu'il était descendu dans la rue. Il est tombé du cinquième étage et s'est écrasé au sol. Il a attrapé une maladie rare que seuls les chiens attrapent, c'est bien sa chance. Mon chat est mort successivement ou à la fois, je n'ai pas su le déterminer, de quatre morts différentes. On dit que les chats ont neuf vies. Le mien, c'est autre chose. Sa spécificité s'est portée sur les morts.

Je suis en deuil de mon chat. Beaucoup de gens, quand ils perdent leur chat, s'en achètent tout de suite un autre pour combler le vide. Moi non, je reste fidèle à Skippy. Dans cette épreuve, la compagnie d'Aglaé m'est précieuse. Elle se souvient d'où elle vient et que je l'ai sauvée du froid et de la mort, elle m'est reconnaissante. Cela se voit facilement à la façon amicale dont elle vient se poser sur ma main . Elle frotte l'une contre l'autre ses pattes de devant dans l'espoir d'en tirer une musique qui viendrait enchanter mes oreilles. Hélas, la fonction musicale ne semble pas prévue dans son cerveau. Je ne l'en informe pas, je préfère lui laisser de l'espoir.

Un autre compagnon, c'est mon ascenseur. Et celui-là, il me parle.Il n'y a pas longtemps qu'il me parle. Le jour où ça allait se produire pour la première fois, j'ai rencontré le gardien dans le couloir du rez-de-chaussée. Il m'a dit Quelque chose d'heureux va vous arriver, je ne précise pas, vous aurez la surprise. Il serait plutôt gentil le gardien, mais il se trouve qu'il a le vin mauvais. Je l'ai eue, la joyeuse surprise : ce matin-là l'ascenseur m'a parlé. Personne ne me parle dans cet immeuble, sauf le gardien qui, hélas, a le vin mauvais. L'ascenseur m'a dit Quinzième étage. Une manière de me souhaiter la bienvenue chez moi. J'ai songé à Aglaé qui m'attendait et à la chance que j'avais d'avoir maintenant une deuxième personne dans ma vie, sans compter le gardien. C'est à regret que j'ai quitté ce chaleureux ascenseur. Je lui ai dit A demain ! Il m'a répondu par le silence, cette sorte de silence dont on dit qu'il s'installe entre personnes qui se comprennent si bien qu'elles n'ont presque pas besoin de se parler.

Aujourd'hui, comme j'emprunte le sympathique ascenseur, j'ai plaisir à constater que nous sommes trois : l'ascenseur, moi et une jeune fille J'ai été stimulée par le comportement si sociable de l'ascenseur et je me demande si je ne pourrais pas moi aussi me conduire de la sorte. Peut-être même devancer l'ascenseur qui doit être en train de se préparer à parler. J'ai à peine le temps de dire Il fait beau dans cet ascenseur depuis qu'il parle, n'est-ce pas ? que déjà l'ascenseur dit Rez-de-chaussée.

La jeune fille est la seule des trois à ne pas s'être encore exprimée. Elle dit : je crois bien que j'habite au même étage que vous : le quinzième. Voilà qui est hardi ! Je n'aurais jamais cru qu'on puisse dire quelque chose d'aussi personnel ! Je suis maintenant à double école pour la sociabilité, l'ascenseur et la jeune fille. Je m'apprête à répondre, à trouver moi aussi une parole hardie.

C'est alors que je m'aperçois que nous ne sommes pas trois mais quatre : Aglaé m'a accompagné. Aglaé est sur moi, sur ma veste au niveau du poignet. Dans un élan de sympathie, il me prend l'envie de partager sa compagnie avec la jeune fille. Je rapproche mon poignet du sien.

– Je vous présente Aglaé, dis-je, mon animal familier.

Aglaé semble comprendre ce que j'attends d'elle, elle se pose sur le poignet de la jeune fille.

– Enchantée, dit la jeune fille, je me présente moi aussi, Ursule

Elle est décidément très audacieuse ! Nous sortons de l'ascenseur et nous dirigeons vers la sortie. Le regard d'Ursule est orienté vers moi. Elle semble attendre quelque chose. Vais-je me dévoiler ? Oui, j'y vais !

– Moi je suis le 22C.

– C'est un plaisir de faire votre connaissance, monsieur 22C.

Arrivés dans la rue, nous nous séparons. On s'est déjà beaucoup rapprochés, pour un premier contact.

Je passe devant le cimetière où j'ai enterré, à côté de ma mère, mon chat Skippy, quatre fois mort. Je lui ai consacré quatre places. Je miaule pour Skippy. Puis je dis quelques mots à ma mère. J'ai l'impression qu'elle me répond en me congratulant : C'est bien, mon fils, tu as été aimable avec une semblable. Nous sommes tous frères et sœurs en humanité. Il est bon d'être aimable. Ma mère a toujours été une personne sage et depuis qu'elle est décédée, ce trait de caractère s'est encore renforcé.

Quand je rentre chez moi, dans l'après-midi, je m'aperçois qu'Aglaé n'est pas avec moi. Je l'ai oublié au poignet d'Ursule. Je constate qu'elle est bien sociable elle aussi d'être restée avec une étrangère, sans se faire prier. Mais je veux la récupérer. Elle est très importante pour moi, surtout depuis la mort de Skippy. Il faut absolument que je la récupère.

Ursule m'a dit J'habite au même étage que vous, au quinzième. Mais il y a une bonne dizaine de studios au quinzième. Comment faire pour trouver le sien puisque les noms ne figurent pas sur les portes ? Je ne peux pas me renseigner auprès du gardien, je ne sais pas le nom de famille de la jeune fille. Je ne peux pas non plus taper à chaque porte. Les gens se méfient trop, ce n'est pas envisageable. Heureusement, Ursule sait que je suis le 22C. Je veux cependant renforcer les indices. Je mets donc sur la porte un petit papier Aglaé et monsieur 22C. Je suis un peu gêné car Aglaé est sans doute la seule personne de l'immeuble à avoir son nom inscrit. Puis je me dis que c'est bon, dans le cadre de la méfiance. Comme ça les gens comprendront qu'au 22C nous sommes deux et ils seront moins disposés à attaquer.

J'entre chez moi. Aglaé me manque. Skippy aussi. Et ma mère. Mais ma mère, c'est différent, elle n'a jamais habité au 22C. Sa présence est donc moins attendue

On frappe à ma porte. Je crie qui est-ce ? Méfiance oblige. La réponse me rassure. C'est Aglaé accompagnée d'Ursule. Je me précipite vers la porte en criant :

– Aglaé, comme je suis content !

J'ouvre. Je vois d'abord Aglaé puis Ursule. Dans sa joie, Aglaé me dit un grand bzz bzz qui sonne comme un baiser et elle vient se poser sur ma joue.

–Je savais que vous me la ramèneriez ! Je vous en suis très reconnaissant.

Avec une hésitation rougissante, j'ajoute le mot Ursule. Je cherche un moyen de lui exprimer ma gratitude. Puis j'en trouve un : lui révéler mon nom.

– Je m'appelle... voyez-vous... je m'appelle Théodule.

Elle rougit à son tour, pas de timidité je crois, mais certainement de plaisir devant cette rime qui lui paraît augurer d'une belle harmonie entre nous.

– Je ne vais pas vous déranger davantage mais si vous le voulez bien, je reviendrai voir Aglaé. Nous avons bien sympathisé.

Une fois Ursule sortie, Aglaé, heureuse d'avoir élargi le cercle de ses relations, frotte une fois de plus ses pattes l'une contre l'autre. Cela avec tant d'entrain que cette fois, ça fait de la musique. En songeant à Ursule, j'esquisse un pas de danse. 

Rue du Café Brûlé
La dame a ri
 

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