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Rue du Café Brûlé

En entrant on est accueilli par le grand acacia qui agite ses branches un peu comme un éléphant ses oreilles. C’est sa façon à lui de recevoir les gens. Immense et silencieux, il règne sur la cour comme un directeur d’école. Parfois il se met un nuage sur la tête pour se donner l’air sérieux.


Au printemps il s’habille de fleurs et d’abeilles. Une saute de vent et hop il neige sur la cour en plein mois de mai.
Les tourments de la vie ont creusé dans le tronc une sorte de cheminée par laquelle on grimpe jusqu’à la première branche. De là, par temps clair, bravant l’interdit, on saute, les bras ouverts en parachute. L’acacia a toujours gardé le secret.

Sous les arcades, on marche sur un damier de terracotta. Plus ou moins rouges, plus ou moins entiers, en bosses en creux, chaque carreau joue son jeu. Et chaque pas joue le sien.
Au bout de la galerie il y a la 4CV. Renault. Jaune beurre. Affable elle se laisse caresser. A travers ses ailettes à l’arrière on entend le moteur tousser, hoqueter mais aussi respirer. Mais son trait le plus fascinant est l’aiguille du compteur qui montre le chiffre vertigineux de 130km/h

Cette 4CV est notre paquebot, notre navire au long cours. Bien sûr chacun veut en êtrele Capitaine et conduire notre forteresse sur les déferlantes de l’océan. En cas de grain ou de tempête, on actionne les essuie-glaces et l’océan redevient clair. Par temps de brouillard, le klaxon est notre corne de brume.
Notre 4CV sert de repaire aux chats de la maison et d’ailleurs. Sur le capot, le toit, les sièges, il y en a partout. La chatte de Théodule y a même élevé sa famille. Tant et si bien que la 4CV a appris à ronronner. Pas le doux ronron vibratoire du petit chat sur les genoux mais le ronron rauque et grégorien du matou.

Un petit garçon va à la ville. Il a 7 ans ou six et des sandalettes. Il marche dans la rue, une socquette en haut et une en bas. Il sait où il va. Les sandalettes pianotent sur les pavés. Rue du Café Brûlé. Il passe devant la vitrine au bocal de bonbons. Sans s’arrêter. Au bout de la rue, il y a le Grand Bazar, en lettres rouges au-dessus des arcades. Il entre dans le magasin, se glisse entre les rayons. Il va au fond. L’étagère à merveilles: Cadillac, Studebaker, Dyna Panhard, Mercedes… Le petit garçon a déjà choisi: ce sera la 203 Peugeot, rouge, avec des portes qui s’ouvrent, des roues qui tournent et des vrais pneus en caoutchouc. Dinky Toy écrit dessous. Docile et sans reproche, elle a la forme de sa main, la taille de sa poche.
En remontant la rue, la 203 dans la poche comme un souris, le petit garçon se dit: - quand je serai grand je serai coureur automobile !

Le siècle a tourné une page ou deux. Le portail ne grince plus. L’acacia n’est plus là. Noyé sous le bitume. Les fenêtres sont studieuses. La galerie est vide. La rue de Café Brûlé s’appelle Rue de La République.
Le Grand Bazar, lui, est toujours là en grandes lettres rouges au-dessus des arcades coloniales.
Et j’ai toujours l’espoir de devenir un jour coureur automobile.

Histoire d'une débutante
J'habite seul au quinzième étage
 

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