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Signes... ?

Un frôlement le fit sursauter, l'arracha à ses pensées. En un chuintement soyeux, un oiseau de nuit, une chouette effraie probablement, venait de se poser sur la branche basse du grand chêne, là, à 10 mètres de la table branlante qui lui servait de bureau. Le masque blanc de l'oiseau se détachait sur le violet sombre de l'horizon, lui rappelant soudain le faucon qui s'était posé à quelques mètres de lui, sur un arbre décharné au tronc crevassé, d'où n'émergeaient que quelques désespérantes feuilles ternes. C'était un jour aussi stérile que les autres. Un jour de planque, où il se coulait tant bien que mal dans la steppe Sahélienne, aussi immobile que le lui permettaient la chaleur, les insectes et son impatience à voir évoluer les choses. L'oiseau l'avait observé, scruté, semblant se demander ce qu'était cette forme inhabituelle, plus figée que les herbes rases qui l'entouraient, qui dégageait une énergie intense, bien supérieure à celle des karités ou des nérés. Il avait croisé ce regard acéré, comme un défi, percevant du même coup les interrogations vitales qu'il portait : que fais-tu là ? Es-tu vivant ou mort ? Es-tu comestible ? Peux-tu être un danger ?

Alors, il avait craqué. Il avait renoncé. Sacrifié soudain, en une fraction de seconde le temps passé et l'ardeur investie, les semaines de patience, de vigilance, les milliers de notes, d'observations collectées. Il s'était levé, et, regardant l'oiseau affolé s'envoler vers des lieux plus calmes, avait laissé glisser entre ses lèvres desséchées un "merci" à peine audible mais déterminé.

La nuit était maintenant complètement tombée. Dans ce parc éloigné du centre-ville, où seules les lumières de la maison altéraient le bleu-noir profond de la nuit, il pouvait voir les premières étoiles. Pas les mêmes que dans le ciel Malien. Moins brillantes aussi. Là-bas, elles ne rencontraient pas de lumière parasite, rivale. Elles naissaient dès que le soleil se couchait, raccourcissant le crépuscule qui flamboyait pourtant, l'espace de quelques minutes, de couleurs inconnues en Europe.

A contrecœur il se leva, rassembla les documents épars, rangea les dossiers dans le grand classeur et se dirigea lentement vers la maison. La chouette était repartie sans qu'il s'en rende compte, probablement vers les champs clos où les mulots nichaient sous les haies.

Il se retourna pour profiter encore un peu de la majesté nocturne du parc, des ombres sombres des arbres sur l'ombre moins sombre de la nuit. Une étoile filante surligna d'un fugitif trait de lumière cette pâle noirceur. Il sourit. Il avait eu le temps de faire un vœu. Sa décision était prise. Les événements de la semaine précédente le comblaient d'optimisme. Je vais me débarrasser des impératifs, oublier le Mali, fuir la médiocrité de mon passé et recommencer à vivre. Autrement.
Une douceur animale (Triptyque 1)
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