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Sillage


Abandonnée à elle-même, nue, le corps tourné vers lui, la main en corbeille autour de son ventre légèrement gonflé, le drap froissé sur les pieds, elle dormait.

Il était tard, la fenêtre entr'ouverte, un rayon de soleil passait à travers les rideaux, gagnant peu à peu le lit. La chambre ouvrait sur le jardin, le printemps s'éveillait.

Allongé à côté d'elle, il la regardait dormir, parcourait son corps, librement, prenait son temps, s'attardait sur ses seins, le droit un peu plus gros que le gauche, ses lèvres dont il savait le gout sucré, ses hanches dont sa main épousait instinctivement la courbure, son sexe qu'il devinait entre les cuisses repliées, ce corps dont il connaissait le moindre frémissement, ce corps intime.

Dans son sommeil, elle bougea, à peine, émit un petit cri comme un chiot qui rêve et ce mouvement infime libéra une bouffée des senteurs de leur étreinte de la veille qui le suffoqua et l'envahit de tendresse. Alors, il se pencha et s'interdisant de la toucher, cherchant les traces de leur nuit, désirant les retenir avant que leur émanation ne s'évapore tout à fait, il la flaira dans ses replis les plus intimes humant ce bouquet d'effluves qui leur appartenait à tous les deux, parfum subtil de leur peau, acidité enivrante de leur sueur, intimité profonde de leurs fluides.

Parmi ce mélange d'arômes, révélateur de leur corps à corps, il essaya d'isoler l'odeur de son corps dont les draps restaient toujours un peu imprégnés, de retrouver ce que le parfum n'éclipsait pas, ce qui constituait son essence, l'enfance, la mer, l'Orient.

A leurs premiers rendez-vous, cette odeur le rendait fou, il ne pouvait s'empêcher de mettre sa tête dans son cou, juste en dessous de l'oreille, de la humer, de s'enivrer de ses fragrances sauvages. Elle ne le laissait pas faire très longtemps, Arrête, tu me chatouilles, disait-elle en s'échappant mais il continuait, cherchant, au-delà du parfum, à s'imprégner de ce mélange irrésistible de thé vert, de bergamote et de citronnelle.

Ce sillage débordant de fraicheur l'avait arrêté dans la rue la première fois ; intrigué, il l'avait suivie, interpellée, Mademoiselle, Mademoiselle ! et lorsqu'elle s'était retournée, brusquement, au-delà de la première bouffée fruitée, acidulée, il avait perçu en arrière-plan l'intensité de l'ambre, il en fût bouleversé et alors qu'elle le regardait, interrogative, attendant qu'il dise quelque chose, il restait là incapable de mettre des mots sur ce qu'il ressentait et qui s'était imposé à lui aussitôt, il voulait que sa vie ait ce parfum.

Il s'attarda près de son visage, laissant ses subtilités odorantes l'envahir, jouant à les identifier, odeur crémeuse de ses lèvres, suavité de la poudre sur ses joues, note fleurie et rosée dans son cou, musc embaumant de ses cheveux dans lesquels il eut un instant la tentation d'enfouir son visage, puis, doucement, il se leva, fit le tour du lit et s'agenouillant près d'elle, reçut comme une vague l'odeur iodée, animale, enivrante de leur nuit, qu'exhalait encore la courbe de ses hanches. Il lui sembla qu'elle s'abandonnait à ses effleurements, sous son souffle, son corps frémissait et s'offrait à ses caresses.

Leurs années de vie amoureuse avaient transformé les notes acidulées de la jeunesse en tonalités plus chaudes, plus sensuelles, la fraicheur avait laissé la place au mystère, au raffinement, son sillage avait gagné en profondeur. Mais au fil du temps, dans cette essence, l'Ambre, fidèle, immuable, persistait, son bouquet chaud, boisé, épicé prenait le pas sur toutes les autres fragrances et avait le pouvoir, lorsqu'il le respirait entre ses seins, de faire ressurgir l'ardeur de leurs premiers jours.

Parfois, il descendait l'escalier derrière elle, rien que pour sentir son sillage, ou bien lorsqu'elle quittait la maison avant lui le matin, il enfouissait son visage dans ses vêtements et s'enivrait de son odeur. Il n'aimait rien tant qu'être assailli par son parfum avant même qu'il ne l'ait vue.

Le rayon de soleil avait atteint le lit, sa chaleur la réveilla, souriante, elle se tourna vers lui en s'étirant.


la baraque n°17
Monologue de Thérèse d’Avila
 

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