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Une journée comme une autre.

Après avoir posé son sac sur le coin du bureau, Monique se laissa tomber sur sa chaise sans même enlever son manteau. Huit heures trente de travail aujourd'hui, il allait falloir rester là une demi- heure de plus pour rattraper le retard d'hier. Elle jeta un regard désespéré sur les autres bureaux en fer déjà occupés par ses consœurs, et leva un regard consterné vers l'unique vasistas qui pouvait encore la relier au monde extérieur. Mais on ne voyait rien, au travers d'une vitre sale le jour ne s'était pas encore levé. Et l'ouverture était si étroite qu'on laissait quand même la lumière allumée toute la journée. Ca caquetait autour d'elle, les potins habituels sur la vie de famille, les artistes de télé, les médisances sur les unes ou sur les autres. Monique n'y participait jamais. Bien que travaillant là depuis huit ans, elle continuait à se comporter comme si elle allait bientôt partir, cette basse-cour n'étant définitivement pas faite pour elle. Elle regarda la pile de feuilles de soins posée sur son bureau et eut une pensée pour cette clope qu'elle n'avait pas eu le temps de fumer ce matin. La journée allait être longue.

Vers huit trente comme chaque matin, la porte s'ouvrit avec fracas. Colin RICAUT s'avança majestueusement vers son bureau en bois placé au centre du demi cercle formé par les autres bureaux et tout en balayant du regard les nuques déjà courbées sur le travail, il s'écria comme chaque jour :

Bonjour mesdames ! j'espère que nous allons bien travailler aujourd'hui !

Toutes lui rendirent son salut, sauf Monique qui refaisait le lacet de sa chaussure.

Colin RICAUT était le responsable de cette petite unité de douze employées. C'était un homme plutôt grand et corpulent, avec une tête étroite posée sur un long cou. Il avait souvent des goûts vestimentaires surprenants, dont on se moquait beaucoup quand il avait le dos tourné. Vêtu aujourd'hui d'une cape dont la forme accentuait son ventre bedonnant, il portait une écharpe rouge et un bonnet de même couleur.Il enleva sa cape en la faisant tournoyer comme s'il se trouvait dans une arène, puis la plia soigneusement. Il portait sous sa cape un pull avec des formes oblongues partant de l'encolure, un genre de pull islandais, ôta son bonnet mais conserva l'écharpe. Ses cheveux se redressèrent comme chaque jour, et bien qu'il ait passé la main dessus, ils demeurèrent droits et continuèrent à bouger au rythme de ses inclinaisons de tête.

Colin RICAUT était un chef de service qui prenait son travail très au sérieux. Il marchait lentement dans l'allée centrale, s'arrêtait régulièrement au dessus d'une employée qui retenait son souffle, puis reprenait son chemin en tournant régulièrement la tête de tous les côtés, afin qu'aucun détail n'échappe à son œil rond et vif. Il s'arrêta devant le bureau de Monique et sans dire un mot montra avec un doigt muni d'un ongle étrangement long une case oubliée que celle-ci s'empressa de remplir.

- Mesdames, c'est bien silencieux aujourd'hui...Je vais vous faire profiter, si vous le voulez bien, de l'expérience qui a été la mienne hier soir...

- Oh oui, super... ! s'écrièrent les employées. - Oh, non, pas ça ! pensa Monique.

Le chef se campa au milieu de l'allée, bomba le torse, redressa la tête et fixant de son regard perçant un point au-delà du mur, il ouvrit la bouche et d'une voix de ténor se mit à chanter un passage très connu de Carmen.

- Pitoyable...pensa Monique en regardant les visages exaltés de ses compagnes. Elle reconnaissait quand même la puissance et la beauté de cette voix, mais ne supportait pas son auteur. A l'instant où accompagné par de grands mouvements de bras, le chanteur se lançait dans la note finale, Monique leva les yeux, elle vit que le jour était enfin apparu...

Le chef salua...sous les applaudissements de ses employées dont certaines réclamaient une suite. Ce que d'une manière modeste il accepta de faire.

A l'instant où il ouvrit la bouche, la porte s'ouvrit et la visage courroucé de monsieur Jérôme, le chef de la compta, apparut.
- Ca va être tous les matins ce raffut ?

Monsieur RICAUT s'arrêta net. Il rougit de colère, redressa la tête d'un mouvement qui secoua ses cheveux, puis se précipita à grands pas vers l'intrus en fendant l'air de son nez crochu.

- C'est quoi cette intrusion dans mon espace de travail ?
- J'en ai par dessus la tête d'entendre tes vocalises chaque matin !

Notre chef se tourna vers nous :
- Reprenez le travail, mesdames, nous avons quelques points à régler...

Nous reprîmes le travail, avec cependant nos oreilles attentives au vacarme en provenance du couloir.

Et comme chaque matin, le combat interrompu la veille reprit entre les deux chefs, dans une indifférence apparente des employées. 

Un parfum d'éternité.
La crête se découpait dans le soir...
 

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