Bref résumé des deux  sagas familiales : 

- L'histoire des Scorta, une famille pauvre rivée, malgré quelques tentatives d'exil, au village de Montepucci. Tout commence par la défloration d'une jeune femme par un brigand, Luciano Mascalzone (scélérat en italien). Au sortir d’une peine de prison de quinze ans, il retourne à Montepuccio son village natal, il espère y retrouver Filomena Biscotti, la jeune fille qu’il aime mais le destin veille et de quiproquos en rebondissements…il la confond avec sa soeur. De ce  viol par erreur d'une "vieille fille" naîtra la lignée des Scorta qui n'aura de cesse de réussir pour se venger des habitants du village qui aurait voulu éliminer l’enfant à sa naissance! Ce fils, Rocco, devient orphelin et brigand à son tour. Il fait fortune. Le village finit par le respecter. Avant de mourir, il donne son argent à l'église, déshéritant ses enfants. Ils tenteront d'émigrer à New York, reviendront vite, lutteront pour ouvrir un tabac qu'un héritier fera brûler par amour. Il semble que tout doit disparaître pour que tout vive, sauf le soleil des Scorta. 

- Épopée de la fondation, de la grandeur et de la décadence du village de Macondo - inspiré du village natal de García Márquez- à travers celle d'une famille, les Buendía, depuis la fondation de la ville jusqu'à sa disparition après plusieurs générations. Macondo semble vivre d'abord une sorte d'âge d'or, fait d'innocence et de simplicité, connaît ensuite les guerres civiles, puis le développement économique et les conflits sociaux que lui apporte une prétendue civilisation, pour sombrer dans la décadence et être enfin balayée par un cataclysme.

 

Facilité, accessibilité de lecture, plaisir?

"Cent Ans de solitude"  a dérouté certains des participants, notamment par la densité de ce livre « qui ne laisse pas le temps de respirer ». Malgré cette lecture « en apnée » et ces « fichus Buendia » avec leurs prénoms mélangés, l’originalité et la qualité du livre  semblent faire l’unanimité.

 

Pour nous mettre dans l’ambiance de ces deux oeuvres voici les deux Incipit:

"Bien des années plus tard, face au peloton d'exécution, le colonel Aureliano Buendía devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l'emmena faire connaissance avec la glace. Macondo était alors un village d’une vingtaine de maisons en glaise et en roseaux, construites au bord d’une rivière dont les eaux diaphanes roulaient sur un lit de pierres polies, blanches, énormes comme des œufs préhistoriques. Le monde était si récent que beaucoup de choses n’avaient pas encore de nom et pour les mentionner, il fallait les montrer du doigt. Tous les ans, au mois de mars, une famille de gitans déguenillés plantait sa tente près du village et, dans un grand tintamarre de fifres et de tambourins faisait part de nouvelles inventions. Ils commencèrent par apporter l’aimant. Un gros gitan à la barbe broussailleuse et aux mains de moineau, qui répondait au nom de Melquiades, fit en public une truculente démonstration de ce que lui-même appelait la huitième merveille des savants alchimistes de Macédoine. Il passa de maison en maison, traînant avec lui deux lingots de métal, et tout le monde fut saisi de terreur à voir les chaudrons, les poêles, les tenailles et les chaufferettes tomber tout seuls de la place où ils étaient, le bois craquer à cause des clous et des vis qui essayaient désespérément de s’en arracher, et même les objets perdus depuis longtemps apparaissaient là où on les avait le plus cherchés, et se traînaient en débandade turbulente derrière les fers magiques de Melquiades. «Les choses ont une vie bien à elles, clamait le gitan avec un accent guttural ; il faut réveiller leur âme, toute la question est là.»

« La chaleur du soleil semblait fendre la terre. Pas un souffle de vent ne faisait frémir les oliviers. Tout était immobile. Le parfum des collines s’était évanoui. La pierre gémissait de chaleur. Le mois d’août pesait sur le massif du Gargano avec l’assurance d’un seigneur. Il était impossible de croire qu’en ces terres, un jour, il avait pu pleuvoir. Que de l’eau ait irrigué les champs et abreuvé les oliviers. Impossible de croire qu’une vie animale ou végétale ait pu trouver- sous ce ciel sec- de quoi se nourrir. Il était deux heures de l’après-midi, et la terre était condamnée à brûler. »

 

Deux sagas familiales plusieurs générations en un livre :

Deux histoires sur un temps long : ce que Zola a raconté dans les 20 tomes des Rougon-Macquart, GGM le raconte en 437 pages et L. Gaudé en 200!

Un détail devient une épopée et des années ne sont pas évoquées, voici deux extraits qui évoquent la notion du temps dans chacun des ouvrages:

« En reconnaissant la voix de son arrière-grand-mère, il tourna la tête vers la porte, essaya de sourire et, sans le savoir, répéta une ancienne phrase d'Ursula.

- Que voulez-vous, murmura-t-il, le temps passe.

- C'est un fait, répondit Ursula, mais pas à ce point-là.

En disant ces mots, elle se rendit compte qu'elle était en train de lui adresse la même réplique qu'elle avait reçue du colonel Aureliano Buendia dans sa cellule de condamné et, une fois de plus, elle fut ébranlée par une autre preuve que le temps ne passait pas - comme elle avait fini par l'admettre - mais tournait en rond sur lui-même. »

"Les générations se succèdent. Il faut juste faire de son mieux, passer le relais et laisser sa place". « C’est la famille qui compte. Sans elle tu serait mort et le monde aurait continué de tourner sans même s’apercevoir de ta disparition . Nous naissons , nous mourons….toi et moi, pris seul, nous ne sommes rien . Mais les Scorta, ça, c’est quelque chose. »…

 

Il semble que le temps soit au coeur de ces deux récits, mais qu’il s’écoule différemment. Construction comme un seul récit pour CAdeS, récit  à deux voix pour Laurent Gaudé. On a parlé à propos de L. Gaudé d’un imaginaire poli à la lecture des tragiques grecs, Eschyle et Euripide notamment avec une histoire de destins qui s'enchaînent à partir d'un acte manqué. La parabole du secret de cet acte manqué transmis de génération en génération. Si le Soleil des Scorta est d’une lecture plus facile, il a été souvent évoqué une impression de stéréotypes culturels et de clichés dans l’écriture.

Constructions différentes, mais aussi temporalités différentes, intérêt et attachements aux personnages, il y avait beaucoup à dire . Certains participants  ont notamment apprécié le talent de Gaudé pour restituer la chaleur ainsi que la mentalité particulière du sud de l’Italie.

 

Le destin chez Laurent Gaudé

« Il est probable que je crèverai à Montepuccio sans avoir jamais rien vu du monde que les collines sèches du pays. Mais vous êtes là, vous. Et vous savez bien plus de choses que moi. Promettez-moi de parler à mes enfants. De leur raconter ce que vous avez vu. Que ce que vous avez accumulé durant votre voyage à New York ne meure pas avec vous. Promettez-moi que chacun d’entre vous racontera une chose à mes enfants. Une chose qu’il a apprise. Un souvenir. Un savoir. Faisons cela entre nous. D’oncles à neveux. De tantes à nièces. Un secret que vous avez gardé pour vous et que vous ne direz à personne d’autre. Sans quoi nos enfants resteront des Montepucciens comme les autres. Ignorants du monde. Ne connaissant que le silence et la chaleur du soleil. »

Il me semblait qu'une main à nouveau passait dans mes cheveux. La même qu'autrefois. Celle de mon père. Celle du vent maudit des collines des Pouilles. Cette main me rappelait à elle. C'était la main sèche de la malchance qui condamne, depuis toujours, des générations entières à n'être que des culs-terreux qui vivent et crèvent sous le soleil, dans ce pays où les oliviers sont plus choyés que les hommes. »

 

 Des relations incestueuses dans Cent Ans de solitude?

 

« Auréliano sourit, la prit à deux mains par la taille, la souleva comme un pot de bégonias, et la fit tomber à la renverse sur le lit. D’une secousse brutale, il la dépouilla de son peignoir de bain avant qu’elle n’eût eu le temps de l’en empêcher, et se pencha sur l’abîme d’une nudité fraîchement lavée, dont il n’était pas une nuance de peau, pas une moirure de duvets, pas un grain de beauté dissimulé, qu’il n’eût imaginé dans les ténèbres d’autres chambres. Amaranta Ursula se défendait avec sincérité, usant de ruses de femelle experte, embelettant d’avantage son fuyant et flexible et parfumé corps de belette, tout en essayant de lui couper les reins avec les genoux et de lui scorpionner la figure avec les ongles, mais ni lui ni elle ne laissèrent échapper un soupir qu’on ne pût confondre avec la respiration de quelqu’un qui eût contemplé le frugal crépuscule d’avril par la fenêtre ouverte. C’était un combat féroce, une lutte à mort, qui paraissait pourtant dénuée de toute violence, parce qu’elle était faite d’attaques contorsionnées et de dérobades décomposées, ralenties, cauteleuses, solennelles, de sorte qu’entre les uns et les autres, les pétunias avaient le temps de refleurir, et Gaston celui d’oublier ses rêves d’aéronautique dans la chambre voisine, comme si il se fut agi de deux amants essayant de se réconcilier au fond d’un aquarium diaphane. Dans le grondement de ce corps à corps acharné et plein de cérémonie, Amaranta comprit que tout le soin qu’elle mettait à garder le silence, était tellement absurde qu’il aurait pu éveiller les soupçons de son mari, à côté, bien plus que le vacarme guerrier qu’ils essayaient d’éviter. Alors, elle se mit à rire les lèvres serrées, sans renoncer à la lutte, mais se défendant par de feintes morsures, et en débelettant peu à peu son corps, jusqu’à ce qu’ensemble ils eurent conscience d’être à la fois adversaires et complices, et cette mêlée dégénéra en ébats conventionnels, et les attaques se firent caresses. Brusquement, presque en jouant, comme une espièglerie de plus, Amaranta Ursula négligea de se défendre, et, lorsqu’elle voulut réagir, effrayée par ce qu’elle-même avait rendu possible, il était déjà trop tard. Un choc énorme l’immobilisa en son centre de gravité, l’ensemença sur place, et sa volonté défensive fut réduite à rien, par l’irrésistible appétit de connaître quels étaient ces sifflements orangés et ces sphères invisibles qui l’attendaient de l’autre côté de la mort. À peine eut-elle le temps de tendre la main, de chercher à tâtons la serviette de toilette, et de se la mettre entre les dents comme un bâillon, pour empêcher que ne sortissent les petits miaulements de chatte qui étaient déjà en train de lui déchirer les entrailles. »

 

Le thème de l’inceste qui sous-tend "Cent Ans de solitude" a fait l’objet d’une discussion plus serrée atour d'un univers dénué de morale et d'une façon d’amener les scènes d’inceste  particulière, vivante et une forme de normalité ambiguë qui sera contestée par certains. 

 

Le ton et le rapport à la réalité 

« Chaque fois que j'entreprenais Cent Ans de solitude , je n'y croyais pas. Alors je m'aperçus que la faille était dans le ton et je me creusai la tête jusqu'à penser que le ton le plus vraisemblable était celui de ma grand-mère quand elle racontait les choses les plus extraordinaires, les plus fantastiques, sur un ton absolument naturel, et c'est, je crois, ce qui est fondamental dans Cent Ans de solitude et au point de vue du métier littéraire. »

 

GGM: Avec  ce ton particulier qui a été désigné comme le "Réalisme magique" nous assistons à la  création d’un nouveau style d’écriture.

C'est d'abord un réalisme. Le réalisme est le moyen de présenter ou de considérer les choses telles qu’elles sont. Une posture réaliste n’exagère pas les évènements et ne les atténue pas non plus.

Dans le contexte de l’art, en peinture, cinéma ou littérature, le réalisme affirme chercher une reproduction fidèle de la réalité. 

Sans réalité, il n'y a pas de réalisme magique: réel et illusion s’entre-pénètrent constamment par le truchement du rêve, du fantasme, du cauchemar… il semble sou-entendre que le rêve ou le fantasme sont aussi réels que le réel palpable autour de nous. 

Le réalisme magique se différencie du fantastique ou du merveilleux dans la mesure où les phénomènes étranges, voire paranormaux, sont tout bonnement acceptés par le narrateur, et les personnages et conséquemment par le lecteur, mais où l’on demeure dans un cadre réaliste et non totalement inventé, invraisemblable. Une autre façon de chercher la vérité des êtres et des choses.

 

Exemple de ce ton particulier:

« Ils pénétrèrent dans la chambre de José Arcadio Buendia, le secouèrent de toutes leurs forces, lui crièrent à l 'oreille, lui mirent une glace devant les narines, mais ne parvinrent pas à le réveiller. Peu après, tandis que le menuisier prenait ses mesures pour le cercueil, ils virent par la fenêtre tomber une petite pluie de minuscules fleurs jaunes. Elles tombèrent toute la nuit sur le village en silencieuse averse, couvrirent les toits, s'amoncelèrent au bas des portes et suffoquèrent les bêtes dormant à la belle étoile. Il tomba tant de fleurs du ciel qu'au matin les rues étaient tapissées d'une épaisse couverture et on dut les dégager avec pelles et râteaux pour que l'enterrement pût passer. »

Ce qui a frappé plusieurs participants c’est la puissance imaginative de GGM « on ne peut jamais deviner ce qui va venir » ainsi que son humour.

Chez Gaudé, un réalisme plus classique tente de coller à la réalité pour en révéler un aspect,  les paysages, la réalité de la région  essentiellement le soleil… et les mentalités, la vie à cette époque:place du clergé, rejet villageois, émigration, contrebande...

Dimension politique et sociale

"Mais ce qui me préoccupe, ce n'est pas que tu me fasses fusiller, parce qu'en fin de compte, pour les gens comme nous, cette mort est la mort naturelle." [...] " Ce qui me préoccupe, poursuivit-il, c'est qu'à force de tellement haïr les militaires, de tant les combattre, de tant songer à eux, tu as fini par leur ressembler en tous points. Et il n'est pas d'idéal dans la vie qui mérite autant d’abjection. »

« On mange dans le Sud avec une sorte de frénésie et d'avidité goinfre. Tant qu'on peut. Comme si le pire était à venir. Comme si c'était la dernière fois qu'on mangeait. Il faut manger tant que la nourriture est là. C'est une sorte d'instinct panique. Et tant pis si l'on s'en rend malade. Il faut manger avec joie et exagération. »

 

Un participant a noté chez L. Gaudé la présence et l’aide apporté à un migrant. Toutefois, l'idée de multiplication des stéréotypes est revenu plusieurs fois dans la discussion.

 

« Lorsque le soleil règne dans le ciel, à faire claquer les pierres, dit Domenico, il n’y a rien à faire. Nous l’aimons trop cette terre. Elle n’offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais lorsque le soleil la chauffe, aucun d’entre nous ne peut la quitter. Nous sommes nés du soleil. La chaleur nous l'avons en nous. D'aussi loin que nos corps se souviennent, il était là, réchauffant nos peaux de nourrissons… Les pêches. Les olives. Les oranges. C'est son parfum. Avec l'huile que nous buvons, il coule dans nos gorges. Il est en nous. Nous sommes les mangeurs de soleil… »

Style: 

« J’avance. Je suis escorté par un long banc de poulpes. Les poissons entourent ma barque et la portent sur leurs dos d’écailles. Je m’éloigne. Le soleil me montre le chemin. Je n’ai qu’à suivre sa chaleur et soutenir son regard. Il se fait moins aveuglant pour moi. Il m’a reconnu. Je suis un de ses fils. Il m’attend. Nous plongerons ensemble dans les eaux. Sa grande tête hirsute de feu fera frémir la mer. De gros bouillons de vapeur signaleront à ceux que je quitte que Donato est mort. Je suis le soleil… Les poulpes m’accompagnent… Je suis le soleil… Jusqu’au bout de la mer… »

« Dès que José Arcadio eut refermé la porte de la chambre à coucher, un coup de pistolet retentit entre les murs de la maison. Un filet de sang passa sous la porte, traversa la salle commune, sortit dans la rue, prit le plus court chemin parmi les différents trottoirs, descendit des escaliers et remonta des parapets, longea la rue aux Turcs, prit un tournant à droite, puis un autre à gauche, tourna à angle droit devant la maison des Buendia, passa sous la porte close, traversa le salon en rasant les murs pour ne pas tacher les tapis, poursuivit sa route par l’autre salle, décrivit une large courbe pour éviter la table de la salle à manger, entra sous la véranda aux bégonias et passa sans être vu sous la chaise d’Amaranta qui donnait une leçon d’arithmétique à Aureliano José, s’introduisit dans la réserve à grains et déboucha dans la cuisine où Ursula s’apprêtait à casser trois douzaines d’œufs pour le pain. »

 

Style caractérisé de façon évidente chez L.Gaudé par des phrases courtes et souvent des phrases incomplètes. Le style de Garcia Marquez : la phrase  longue classique et même parfois très longue, style qui  n'a pas été critiquée tandis qu'une participante a souligné que les phrases courtes de Gaudé étaient utilisées systématiquement sans lien avec le contenu, tandis qu'une autre faisait remarquer qu’elle avait été surprise par le rapprochement de ces deux livres qui lui paraissaient incomparables. Certains ont toutefois trouvé le style de Gaudé adapté au lieu et à cette famille des Scorta. 

En conclusion, il semble que, quelle que soit sa difficulté, Cent Ans de solitude soit un livre que l’on n’oublie pas tandis que le livre de Laurent Gaudé, malgré ses qualités notamment de construction,  soit plus de l’ordre du plaisir immédiat.

 

Fin  des deux livres 

 

« Elia se signa.Embrassa la médaille de la madone qu'il avait au cou et que sa mère lui avait offerte.Sa place était ici.Oui.Il n'y avait pas de doute à cela.Sa place était ici.Il ne pouvait en être autrement. Devant le tabac, il repensa à l’éternité de ces gestes, de ces prières, de ces espoirs et y trouva un profond réconfort. Il avait été un homme, pensa-t-il. Juste un homme. Et tout était bien. Don Salvator avait raison. Les hommes, comme les olives, sous le soleil de Montepuccio, étaient éternels. »

« C'était l'histoire de la famille, rédigée par Melquiades jusque dans ses détails les plus quotidiens, avec cent ans d'anticipation. [...] Mais avant d'arriver au vers final, il avait déjà compris qu'il ne sortirait jamais de cette chambre, car il était dit que la cité des miroirs (ou des mirages) serait rasée par le vent et bannie de la mémoire des hommes à l'instant où Aureliano Babilonia achèverait de déchiffrer les parchemins, et que tout ce qui y était écrit demeurait depuis toujours et resterait à jamais impossible à répéter, car aux lignées condamnées à cent ans de solitude, il n'était pas donné sur terre de seconde chance. »

Café littéraire à Nîmes

Proposé par Les Voix de l'écriture.

Comment fonctionne le Café Littéraire?

Organisation

Débats libres et ouverts animés par Sylvie Reymond

Une discussion constructive autour de deux livres pendant laquelle sont abordées les questions comme le style, la construction, les personnages, la facilité et le plaisir de lecture mais aussi la place dans l'histoire de la littérature, les enjeux politiques, philosophiques et sociaux ou leur absence...

Le lieu

Nous nous retrouverons au "W" piano bar

Il se situe sur le square de la Couronne une magnifique place près des arènes.

Venir pour lire ou pour écouter?

Chaque mois deux livres sont proposés à la lecture.

Il est nécessaire de lire les ouvrages pour intervenir dans la discussion mais l'on peut aussi venir simplement pour écouter et profiter de la lecture des extraits de livres.

Il suffit de prévoir le prix d'une consommation

Le café littéraire est gratuit !

Du simple café à la coupe de champagne, en remerciement au W piano-bar qui nous accueille dans ses locaux.

Manifestation ouverte à tous

Faut-il s'inscrire?

Ce n'est pas indispensable toutefois savoir approximativement le nombre de personnes qui souhaitent venir facilite l'organisation. Il suffit d'envoyer un mail à l'adresse ci-dessous.

Renseignements
Email de Sylvie Reymond
Téléphone
06 62 64 36 20

Prochains cafés littéraires

Jeudi 27 février à 18H30

"Une soif d'amour "de Mishima et "Thérèse Desqueyroux" de François Mauriac

Meurtrières...


Jeudi 23 avril 2020

" En attendant Bojangles " d'Olivier Bourdeaut et " L'écume des jours " de Boris Vian

Folies douces ?

Vidéo Thérèse Desqueyroux de Georges Franju 1962

Bande annonce du film de Claude Miller de 2012

dimanche, février 16, 2020 Reymond Sylvie

Quelques pistes d'analyse d"Une soif d'amour" de Yukio Mishima et de "Thérèse Desqueyroux" de François Mauriac.

 

1.       Si vous aviez à choisir un "maître mot" pour le roman de Mauriac, l'ennui vous conviendrait-il ? Et pour  celui de Mishima la jalouisie? Ou bien deux frustrations? Deux situations bloquées et deux tentatives de libération ? Deux métaphores de l'incomplétude, de l'inassouvissement ? Deux tourments?

2.      On a évoqué à  propos du livre de Mishima, de deux atmosphères dramatiques "à la Mauriac", qu'en pensez-vous? Ajouteriez-vous que les tonalités sont différentes? 

Cafés précédents...
dimanche, février 09, 2020 Reymond Sylvie

-  Présentation des auteurs

Dino Buzzati, le plus ancien chronologiquement est né en 1906 mort en 1972 journaliste écrivain italien peintre également. De par la qualité de son travail de journaliste, il a eu une large influence dans cette sphère, il est connu pour le Désert des Tartares mais il est aussi l’auteur de pièces de théâtre et d’une grande quantités de remarquables nouvelles marquées par un art particulier de la construction. Il faut noter une dimension fantastique ou absurde, une oeuvre atypique, forte et émouvante que l’on peut rapprocher du réalisme magique que nous avions évoqué à propos de GG Marquez.

Julien Gracq né en 1910 de son vrai nom Louis Poirier est mort en 2007. Professeur d’histoire, marqué par son expérience de la guerre, il est proche du surréalisme et membre du parti communiste avant de s’en éloigner.  Il se tient ensuite à l’écart du monde littéraire et et intellectuel parisien, il est le seul à avoir refusé le prix Goncourt qui lui est attribué en 1951 pour le Rivage  des Syrtes. Auteur de romans Au château d’Argol puis Le Balcon en forêt  mais aussi de livres de critique littéraire. il est parfois considéré comme le « dernier classique », un écrivain « intemporel » à la prose ostensiblement inactuelle.

 -  Résumés

Le jeune lieutenant Giovanni Drogo est nommé au fort Bastiani, sur la frontière du Nord. Perdus dans le cadre fascinant du désert des Tartares, les militaires en poste paraissent veiller sur une région abandonnée. Dans le fol espoir de connaître un jour la gloire d'un combat héroïque contre leurs invisibles voisins, ils guettent inlassablement les moindres bruits et les ombres mouvantes de la vaste plaine : D'abord désireux de partir, Drogo, comme sous l'effet d'un enchantement, reste et continue d'effectuer ses manœuvres répétitives. Se coupant toujours davantage du monde extérieur, il devient peu à peu l'esclave de ses habitudes et demeure au fort presque désaffecté parmi les derniers, jusqu'au jour où se produit l'attaque. 

Le Rivage des Syrtes doit être lu, selon son auteur, comme un prélude wagnérien. Nommé « observateur » pour la Seigneurie d’Orsenna, une puissance déclinante, le jeune Aldo, à la fois héros et narrateur, part pour les Syrtes, paysage imaginaire de lagunes. En compagnie de quatre officiers, il surveille une région où depuis trois cents ans s’est éteinte sans être close la guerre d'Orsenna et du Farghestan, Aldo attend. Des rumeurs, des signes, l’ambiance particulière, l’ennui et les encouragements de sa maîtresse Vanessa Aldobrandi, Aldo se sent investi d’une mission, transgresse les interdits et provoque une reprise de la guerre.

Jeudi 9 janvier 2020

"Le Désert desTartares" de Dino Buzzati et "Le Rivage des Syrtes" deJulien Gracq

Deux grands romans de l'attente.


« J’aimerais que ma vie ne laissât après elle d’autre murmure que celui d’une chanson de guetteur, d’une chanson pour tromper l’attente. Indépendamment de ce qui arrive, n’arrive pas, c’est l’attente qui est magnifique » André Breton.
"Le métier d'écrivain coïncide exactement avec celui de journaliste, et consiste à raconter les choses aussi simplement que possible, et aussi dramatiquement ou poétiquement que possible". Dino Buzzati

"Etre sincère au point de toucher, chez soi, ce je ne sais quoi qui est commun à tous les hommes. C'est le grand problème de l'art. Il est là tout entier."
Dino Buzzati
Le projet du Rivage des Syrtes par son auteur


  :  

 "Ce que j’ai cherché à faire, entre autres choses, dans Le Rivage des Syrtes, plutôt qu’à raconter une histoire intemporelle, c’est à libérer par distillation un élément volatil "l’esprit-de-l’Histoire", au sens où on parle d’esprit-devin, et à le raffiner suffisamment pour qu’il pût s’enflammer au contact de l’imagination. Il y a dans l’Histoire un sortilège embusqué, un élément qui, quoique mêlé à une masse considérable d’excipient inerte, a la vertu de griser. Il n’est pas question, bien sûr, de l’isoler de son support. Mais les tableaux et les récits du passé en recèlent une teneur extrêmement inégale, et, tout comme on concentre certains minerais, il n’est pas interdit à la fiction de parvenir à l’augmenter.
     Quand l’Histoire bande ses ressorts, comme elle fit, pratiquement sans un moment de répit, de 1929 à 1939, elle dispose sur l’ouïe intérieure de la même agressivité monitrice qu’a sur l’oreille, au bord de la mer, la marée montante dont je distingue si bien la nuit à Sion, du fond de mon lit, et en l’absence de toute notion d’heure, la rumeur spécifique d’alarme, pareille au léger bourdonnement de la fièvre qui s’installe. L’anglais dit qu’elle est alors on the move. C’est cette remise en route de l’Histoire, aussi imperceptible, aussi saisissante dans ses commencements que le premier tressaillement d’une coque qui glisse à la mer, qui m’occupait l’esprit quand j’ai projeté le livre. J’aurais voulu qu’il ait la majesté paresseuse du premier grondement lointain de l’orage, qui n’a aucun besoin de hausser le ton pour s’imposer, préparé qu’ il est par une longue torpeur imperçue."
     (Julien Gracq, En lisant en écrivant )
Buzzati a raconté les circonstances très quotidiennes qui, en 1939, firent germer en lui l'idée du Désert des tartares, alors qu'il travaillait comme chroniqueur dans le microcosme routinier du Corriere della Sera:

" Pendant une certaine période j'y ai travaillé de nuit, à un travail de routine. A côté de moi, il y avait des collègues qui avaient le même âge que moi, mais la plupart étaient plus vieux. Quelques-uns même avaient déjà beaucoup d'ancienneté. Tous, évidemment, dans leur jeunesse, avaient espéré pouvoir faire quelque chose de plus brillant ; ils avaient espéré devenir envoyés spéciaux, par exemple, c'est à dire faire de grands reportages, voyager à travers le monde, etc….. Et puis, peu à peu, ils s'étaient fossilisés là, dans la rédaction, renonçant progressivement à leurs espoirs. Et cette grande occasion, que probablement chacun d'entre eux avait espérée, peut-être sans s'en rendre compte, était devenue de plus en plus lointaine, et s'était complètement évanouie. Cette monotonie du travail m'a fait penser à écrire une histoire où serait résumé le destin de l'homme moyen, de l'homme qui espère en cette grande occasion, qui fait tout pour la faire venir.…Et cette occasion apparaît, il semble qu'elle soit sur le point de se concrétiser, et puis elle disparaît et s'éloigne. Ou bien, quand elle arrive, il est trop tard pour lui. Un de mes amis disait " Tout arrive, dans la vie. Cependant, mal, tard, et en partie ". La transposition de cette idée en un monde militaire imaginaire a été pour moi presque instinctive ; il me semblait qu'on ne pouvait rien trouver de mieux qu'une forteresse située aux ultimes confins pour exprimer, justement, l'usure que représentait cette attente. "
Bibliographie : quelques autres romans de l'attente...

- Un livre dont les deux auteurs se seraient inspirés, "La Fille du Capitaine", un court roman de Pouchkine.

- "Sur les Falaises de marbre" d'Ernst Jünger à propos duquel Julien Gracq a écrit :"« Ce n'est pas une explication de notre époque. Ce n'est pas non plus un livre à clé où on pourrait, comme certains ont été tentés de le faire, mettre des noms sur les figures inquiétantes ou imposantes qui se lèvent de ces pages. Avec plus de vérité, on pourrait l'appeler un ouvrage symbolique, et ce serait seulement à condition d'admettre que les symboles ne peuvent s'y lire qu'en énigme et à travers un miroir. »

- "Un balcon en forêt", l'autre roman de l'attente de Julien Gracq, plus réaliste et partiellement autobiographique.
dimanche, décembre 29, 2019 Reymond Sylvie Café littéraire

Manuscrit du Rivage des Syrtes de Julien GracqPour ceux qui le souhaitent voici quelques pistes de réflexion à propos de ces deux romans: 

- Première question classique: plaisir, difficulté, accessibilité de lecture de ces deux romans.

- Deux attentes: sont-elles de même nature?

- Deux personnages principaux Aldo et Drogo: sont-ils décrits et "écrits" de la même manière"? Les avez-vous trouvés attachants, proches, lointains ? Présence ou absence d'une dimension psychologique?

- Le Désert des Tartares serait-il un "roman sans femmes" et quelle est la place des femmes dans le Rivage des Syrtes?

- Deux styles? On parle souvent de roman poétique en parlant du roman de Gracq? Ces deux styles apparaissent notamment lors des descriptions de la nature et de chacune des deux forteresses. Phrases complexes et richesse du vocabulaire chez Gracq, précision mais aussi dimension fantastique et poétique chez Buzzati? Comment qualifiriez-vous ces deux écritures? Quel effet ont-elles produit sur vous? N'hésitez pas à noter des passages pour les partager lors du café.

 - Les thèmes: la forteresse, l'attente et son ensorcellement, le désert, l'interdit (désir d'interdit, désir de changement), la transgression, le franchissement de la frontière mais aussi l'habitude et son pouvoir d'attachement, la fuite du temps,  la vie militaire, la solitude, la vanité de la vie humaine et de ses ambitions...  Et puis la guerre, le désir de guerre, d'action, de gloire, de vie exceptionnelle? Comment ces thèmes sont-ils traités? 

- Dimension politique et historique: avez-vous perçu une forme de dénonciation du fascisme chez Buzzati (interprétation que l'on voit apparaître dans les commentaires  mais niée par Buzzati), une dénonciation de ce que l'on pourrait appeler le "déclin de notre civilisation" chez Gracq? Mais aussi le rôle du pouvoir et son rapport avec l'armée? 

- Qu'évoquent pour vous ces deux "ennemis" le Farghestan, les Tartares? Réalité, fantasme, exotisme, ennemi intérieur?

- Que pensez-vous des deux fins, sont-elles très différentes? Quel sens leur donnez-vous?

- Que vous reste-t-il de ces lectures?

Ci-dessus une page du manuscrit du Rivage des Syrtes de Julien Gracq

Bande annonce du film inspiré par le Désert des Tartares.

Premier rendez-vous


Jeudi 21 novembre à 18h30

Sagas familiales et ambiance du Sud…

Autour de « Cent ans de Solitude » de Gabriel Garcia Marquez et « Le Soleil des Scorta » de Laurent Gaudé.

dimanche, décembre 29, 2019 Reymond Sylvie

Plus d’une vingtaine de personnes ont assisté à ce premier café littéraire. Nous avons pu aborder différents thèmes dans une ambiance détendue et profiter du cadre agréable du Wine Bar situé au square de la Couronne tout près des Arènes. C’est dans l’hôtel du Midi, situé sur cette même place, que Guillaume Apollinaire a écrit certains de ses fameux « poèmes à Lou » en 1914.

 Présentation rapide des deux auteurs :

Laurent Gaudé est né en 1972 . Études de lettres. Pièces  de théâtre. Succès Roi Tsongor, Goncourt des Lycéens. Ses parents lui ont transmis leur amour de l’Italie, mais également son épouse, Italienne d’origine. Il réside d’ailleurs une partie de l’année dans les Pouilles, et ces séjours ont inspiré son écriture. Il publie en 2004 « Le soleil des Scorta », roman qui sera immédiatement salué par le grand public, avant même qu’il ne soit couronné par le prix Goncourt (2004), le prix Jean Giono (2004), et le prix du roman populiste (2004).

Gabriel Garcia Garquez (1928 - 2014): écrivain auteurs de romans et nouvelles, mais aussi journaliste colombien, séjourne en Europe à Paris, à Barcelone, écrit dans des conditions matérielles difficiles avant le succès de Cent Ans de solitude paru en 1967 qu’ilcommença d'écrire vers l'âge de 17 ans lui valut pourtant une reconnaissance immédiate en Amérique latine et une renommée internationale- Nobel de littérature 1982

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