Écrire en atelier: "Description d'un lieu, scénario puis parcours d'un personnage"... OLIVIER BUEB 06/11/2015 

 LE CINÉASTE 

La porte est en bois massif, simple et de couleur foncée. La clenche est en métal noirci. Quand tu ouvres cette porte, tu pénètres dans une cuisine dont le sol est fait de tomettes rouges. Elles sont polies par le temps et leur alignement n’est pas très régulier. En face de la porte, une fenêtre apporte de la lumière à la pièce. Elle part du plafond pour s’arrêter à 1m50 du sol.
Des barreaux ont été posés à l’extérieur pour éviter toute intrusion. 
Au milieu trône une grande table en bois de hêtre avec deux bancs autour. Cette table a beaucoup servi, son plateau est entaillé de nombreuses traces de lame de couteau. Au-dessus de cette table se trouve un plafonnier avec une opaline en verre blanc et un système de poulie en faïence de la même couleur pour la faire monter et descendre à l’envie.
Les murs de la pièce sont peints à la chaux d’un ton ocre tirant légèrement sur le jaune. Contre le mur de gauche se situe le fourneau, une ancienne cuisinière à bois de couleur beige. On entend le feu crépiter doucement, sur la plaque du centre mijote un plat d’hiver dans une cocotte en fonte. Suit à main droite un billot en bois dépoli. Un hachoir est planté dessus. La tête et les pattes d’un poulet gisent dessus. En bout de mur se trouve une porte en bois qui est celle du placard mural servant de réserve. Cette porte est peinte en rechampi vert anglais autour et vert olive au centre.Elle monte jusqu’au plafond. Tu arrives au mur d’en face où, sous la fenêtre, il y a un évier en pierre avec un rideau vichy vert et blanc en dessous. 
Sur le mur de droite, tu me positionnes un vaisselier en pin clair avec une vaisselle de Gien aux couleurs pastel et un plateau avec couteaux et matériel de cuisine.

LE PERSONNAGE

Marthe retint son souffle. Elle allait pénétrer pour la dernière fois dans cette cuisine où elle avait officié pendant près de trente ans.et ce, six jours par semaine. La porte en bois foncé semblait lui barrer la route et la clenche en métallique semblait aussi pesante que son émotion. Quand sa main la saisit, la porte s’effaça et Marthe reçut en guise d bienvenue, le soleil qui brillait derrière la fenêtre à barreaux.Elle se dirigea instinctivement vers la grande table en bois de hêtre qui trônait au centre de la pièce. Elle résista à l’envie de pousser l’un des bancs pour s’y asseoir dessus comme à l’accoutumée. Elle ne put s’empêcher de faire le tour de la table en la caressant de la paume de sa main droite. Ses doigts jouèrent avec les entailles causées par les lames de couteau. Elle pansa, pour la première fois, les blessures de ce pauvre plateau qui avait tant été maltraité.Ses yeux se fermèrent et son odorat se mit à fonctionner à plein régime. Une odeur de cuisine flottait par-dessus celle du bois qui se consume. « Poule au pot » conclut-elle d’un ton catégorique. Elle tourna sa tête en direction de la vieille cuisinière à bois de couleur beige. Sa fidèle compagne de travail n’avait pas bougé d’un pouce. Marthe écouta un instant le refrain que faisait le bois en crépitant. Une cocotte en fonte rouge laissait échapper un léger nuage de fumée. Son regard se déplaça légèrement vers la droite et se posa sur le billot use en bois. La vision du hachoir planté etdes restes de volailles lui donnèrent raison.Marthe sourit et poursuivit son tour d’horizon. La réserve avec sa grande porte en bois et sa clé rouillée, sa peinture en rechampi vert anglais et vert olive semblait un clin d’œil et l’inviter à venir farfouiller dedans. Elle déclina cette invitation et préféra aller faire ses adieux à l’évier en pierre qui avait vécu tant de vaisselles. Le rideau en vichy vert et blanc était toujours là, tout comme le vaisselier en pin clair garni d’un service de Gien pastel.Il était temps de partir une bonne fois pour toute et Marthe quitta la cuisine en glissant,telle une patineuse, sur les tomettes rouges polies.