Écrire en atelier: "Un lieu inconnu, un lieu imaginé"... OLIVIER BUEB 09/01/2016

VOYAGE, VOYAGE 1
Je sais qu’un jour j’y mettrai les pieds. Je prendrai un avion qui atterrira sur le tarmac de l’aéroport de Fuimicino. La chaleur et le bruit accompagneront mes premiers pas sur ce sol encore inconnu.
Je fermerai les yeux sur la conduite chaotique du taxi qui me mènera au centre de la ville. La voix épicée d’Adriano Celentano

qui sortira de l’autoradio m’apaisera et me poussera à ouvrir les yeux afin de découvrir le paysage. Mes yeux chercheront en vain les sept collines. Je ne verrai autour de moi que de sordides et imposants bâtiments à l’architecture mussolinienne typique des années trente. Vivement que mon chauffeur quitte cette oppressante banlieue dominée par des statues symboles de de force et de pouvoir.J’attendrai impatiemment de pénétrer le cœur de la ville éternelle, le cœur de la louve et de ses deux jumeaux.
Nous passerons inévitablement aux abords du Stadio OIimpico lors du derby entre la Lazio et la Roma. La danse colorée des drapeaux et écharpes aux couleurs des deux camps honnis s’achèvera dans un tumulte de provocations tant verbales que physiques. Des graffitis datant de la fin des années soixante-dix n’auront pas été recouverts. Mes yeux pourront y déchiffrer, tracé à la peinture blanche et au gros pinceau « avanti popolo ». Au fond de moi-même, j’entonnerai, le poing serré, ce refrain d’antan. Enfin,mon taxi me déposera à bout de souffle aux portes du quartier populaire de Monte Collino.
J’enfourcherai alors une vespa et les cheveux au vent, je parcourrai en toute liberté cette ville ouverte aux accents du « caro diaro » cher à Nani Moretti. D’un habile coup de guidon, j’enquillerai la via de Lupo puis la vie de Gemelli pour stopper ma course devant le numéro 27.
Un subtil mélange d’arômes de tomates, ail, aubergines et huile d’olive m’indiquera que je suis arrivé à bon port. Une vieille porte vitrée en bois à la peinture verte écaillée me fera signe d’entrer dans la trattoria de Giovanni Rana. A partir de cet instant, je serai dans le palais de Lucullus où mes papilles savoureront enfin le nirvana culinaire
authentiquement romain.
En attendant de faire ce voyage gastronomique, je découpe minutieusement le coupon-concours qui occupe la moitié de l’étiquette de ma boîte de conserve. Je le range soigneusement dans l’enveloppe « voyage à Rome » avec les cinquante-neuf autres. Pendant, ce temps, mes raviolis « alla Romana » cuisent à feu doux sur ma gazinière.
Un jour, je le gagnerai ce voyage !