Écrire en atelier : "Énumérations..."   Christiane FAUCHER 12/2016

Quand tu vis des plantes, et avec les plantes en Cévennes, tu vis vraiment avec les saisons.

Les coucous dans les prés de Saint Germain de Calberte à racler au râteau, après tu te soûles de l'odeur d'abricot des taies d'oreillers pleines de primevères. Les aubépines, pas la noire, non, la blanche, et selon calcaire ou schiste ce ne sont pas les mêmes : celles de la Can pelée, chiches au milieu des rochers, battues par les giboulées de mai du causse Méjean qui te glacent les doigts ; les autres aubépines, grasses, royales, solaires de la vallée de la Mimente, leur splendeur te colle pour toujours le parfum à la peau et la lumière dans les yeux. Le thym de la cardinale que tu coupes, non, que tu

tailles, en boule, ça le régénère ; l'odeur des thyms citrons quand tu as la chance de tomber sur un c'est comme si tu ouvrais un paquet de bergamotes ! Le zonzon des abeilles à la fin de l'été sur les bruyères bruissantes et crépitantes, tu dirais des améthystes scintillant sous les cimes du Bougès, tu es seule à mi-pente avec les aigles qui tournent en rond au dessus de ta tête. Les cynorhodons, après les premières gelées, tu rentres entière dans les buissons pour les cueillir tous mous, ce jour-là il faut pas mettre tes habits de fête ! 

Et déjà les premiers bourgeons, ceux des noisetiers qui pendent dans les haies comme des décorations du Noël qui vient de passer, ceux des peupliers noirs qui pèguent avec leur odeur de goudron et de camphre au bout des branches cassantes qui trempent dans les ruisseaux.

Mais quand tu vis en Cévennes ta vraie saison c'est l'automne. Tous les raisins de treille des petits mas de la montagne : les clintons avec leurs petits grains noirs de cassis, les isabelles et leurs billes gélatineuses bleu ardoise, les bacos avec leur peau rustique et leurs énormes pépins. Après tu as les châtaignes, d'abord les figarettes sucrées comme des minuscules berlingots, puis les combales énormes, tigrées, brillantes, des prétentieuses gonflées d'eau, peu sucrées et cloisonnées, on ne les mange que grillées. Ensuite la reine du bal, la pèlegrine avec son cercle de velours à la base, son toupet de 3-4 aigrettes, sa robe discrète de cendrillon brune et chaleureuse ; c'est la meilleure et elle sait tout faire : tu la grilles, tu la fais bouillir, excellente en confitures, et les plus belles en bocaux au naturel. Et à la fin la dauphinenque, pour les marrons glacés, celle-là elle est rare, elle pousse que chez les riches.