Écrire en atelier : "bourlinguer avec Cendrars"   Elia Casanova 10/2016

…J’arrêtais la voiture sur le bas côté de la départementale lustrée  par la dernière averse. Une pancarte    annonçait une brocante « Bric et Broc ».Sur un carton, une flèche dessinée nous fait gravir un raidillon non goudronné. Nous avons pensé au garage de notre amie Claire.

L’arrivée dans un chantier , un air

Des empilements de structures en fer dont la rouille s’écaille ,des tables , des poulies ,des berceaux des sofas des méridiennes désossées des lambeaux de toiles d’ indienne effrangées, des fabrications hasardeuses, des accommodements terminés dans l’impatience ,des créations à temps perdu au cours de l’hiver, des braséros des pieds de lavabos des cadres de bicyclette détournés en lampes  de chevet ,des sceaux de ferme remplis d’eau de pluie ,de vieilles baignoires à  anses en zinc ,tous ces objets à même la terre étaient là comme dans  un renoncement à l’ordre ,à leur fonction et cependant essayant de nous tenter pour leur trouver un dernier emploi un dernier rôle, une dernière partie .

Dans le hangar qui suivait, encore des tables mais en noyer ,des commodes et autres meubles cirés, de vieux chapeaux en feutre racorni, des porcelaines , sous vitrine de vieux missels à couverture en ivoirine accolés à  des masques noirs d’Afrique. Toujours seuls nous déambulons sur la pointe des pieds précautionneusement jusqu’à une pièce bâtie en « dur » où les meubles lourds dessinent des travées .Les vases de fins cristal  les porcelaines signées, les tableaux aux dorures excessives, les vêtements ,les plumets d’autruche, les argenteries trouvaient une place valorisante dans des écrins ou s’empilaient. Nous étions dans le rayon des « valeurs »grains de nacres ,vieil or  et grenats.  Nous soulevions chaque objet avec sa poussière dans cette grande pièce très blanche sous les néons. Au fond de celle-ci un grand miroir presque versaillais renvoyait l’image du propriétaire enveloppé dans un fauteuil rouge qui s’était assoupi la tête renversée ses longues jambes étendues, raides .Une odeur de café signait la véracité du décor.

Nous étions toujours les seuls visiteurs et la pluie continuaient de tambouriner sur les toits des hangars. Persévérants nous suivons l’invitation des travées et arrivons dans la dernière salle ,une sorte de bibliothèque où les rayonnages sont emplis de livres farcis de poussière épaisse presque dure.

Comme dans toutes les brocantes de France et d’ailleurs des tonnes de livres s’accumulent .Des mètres linéaires de livres brochés reliés cartonnés, encore des mètres linéaires pour les formats poches  les scolaires et les  livres d’enfants extra plats entre lesquels s’intercalent des piles de brochures qui assurent la stabilité de l’étagère, puis les dictionnaires malmenés, les revues avec leurs premières pages scandaleuses ou osées, les livres d’art  en format pavés qui à eux seuls sont les pilastres de l’édifice, partout, en vrac, défaits, tenant par un fil ou par un coin entravé les illustrés.

Une sensation de trop plein.