Écrire en atelier : " Ecrire face au miroir"     Pierre Gaudon 12/2016 

Tout jeune adolescent, le soir, après avoir enfilé son pyjama il se postait devant le miroir au dessus du lavabo. Ça n'était pas pour se regarder ou s'admirer, non, c'était pour guetter l'apparition des poils qui signeraient l'apparition de sa moustache. En lumière rasante il arrivait à percevoir un fin duvet, annonciateur peut-être ? Plus tard, rassuré sur ce point, il utilisait le miroir concave de son père pour repérer les petits boutons qui lui envahissaient le bas du visage. Parfois c'est l'eczéma qu'il regardait. Il lui fallût bien des

années avant de se regarder lui, et voir enfin ses yeux, dont pourtant on lui avait dit a plusieurs reprises qu'il étaient beaux. Il y prit plaisir et en fut surpris. Non qu'il se soit jamais trouvé moche, non pas, mais simplement quelconque. En souriant à son visage il vit même apparaître sur sa gauche une fossette qui le confirma désormais dans l'idée qu'il était presque beau gosse. De ce jour il fit plus attention à s'habiller correctement.

Il y a sur la banquette du métro qui me fait face une très jolie fille. Elle est trop proche pour que je puisse la regarder à loisir sans la dévisager, être impoli et la gêner. Alors entre deux stations je porte mon regard sur les vitres et je peux sur le fond noir des souterrains détailler son reflet à loisir sans trop risquer de croiser son regard. Si cela devait arriver je m'en tirerai avec un grand sourire.

Dans les grands cafés parisiens j'aime à m'installer entre deux glaces: celle  qui me fait face au delà de la banquette et celle du mur du fond, loin derrière à côté du comptoir. Pour peu que leur mise en place ait été soignée on voit ainsi son image- et celle du café et tous les clients se refléter de face et de dos à l'infini. Impression troublante, un peu enivrante, mais vite éloignée par  le fait que, justement la mise en place ayant été négligée, l'infini se trouve limité à quatre ou cinq plans donnant l'impression non pas d'un infini mais seulement d'un grand couloir qui tourne.