Écrire en atelier : " Un personnage traverse un groupe"     Pierre Gaudon  Novembre 2016 

Une intrusion 

            L'église était pleine en cette veillée pascale, et l'assemblée était priante. L'église St Leu, à Paris, rue St Denis, n'est pas réellement une paroisse. Les gens qui s'y retrouvent pour prier ou pour célébrer sont pour partie du quartier, certes, mais les plus nombreux sont des hommes et des femmes venant de tout Paris, qui ont trouvé ici une atmosphère de célébration qui leur convenait. Beaucoup d'intellectuels, donc, mais pas seulement, des gens engagés dans l'Église, des curieux aussi se retrouvaient là ce samedi soir pour

fêter Pâques. L'assemblée était recueillie, participant aux répons et aux chants. On voyait parfois deux têtes se pencher l'une vers l'autre pour échanger un mot ou un sourire de connivence pendant le prêche. Des enfants courraient librement mais silencieusement d'un banc à l'autre ou bien de leurs parents vers l'autel ou l'ambon d'où prêchait l'officiant. Le calme de l'assemblée et les raisons de sa présence contrastaient avec l'animation bruyante et mercantile de la rue St Denis, plus connue pour ses "belles de jour" que pour ses sanctuaires. Et c'était un des charmes du lieu, dont chacun était plus ou moins conscient. Ça n'était pas une foule mais bien une assemblée.

d'humilité.

            Dans l'allée, devant tout le monde, le bonhomme était toujours là, silencieux, les mains dans les poches, impressionné peut-être par l'absence de réaction, l'absence d'hostilité. La messe suivait son cours, l'assemblée, paisible, avait admis l'intrus.

            Sans plus de bruit il se retourna et remonta l'allée. C'est un bruit de porte discret qui signala son départ.