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atelier-ecriture-scene -gestes Atelier Une scène des gestes

Un rayon de lumière blafard sourd par les rideaux entrebâillés, les corps se découpent assez nettement dans la pénombre. On devine Luc, recroquevillé, tassé sur lui-même comme s'il cherchait à disparaître dans le recoin où il s'est réfugié. La tête sur ses genoux repliés, ses bras, comme un étau, enserrent sa chevelure dont quelques boucles s'échappent, agitées de légers soubresauts. Il oscille, son dos heurte le mur, d'abord imperceptiblement, puis les coups enflent, régulièrement, s'affirment, entêtants, la paroi résonne.

Marthe est debout, à l'angle de la pièce, gainée dans un tailleur ajusté, déhanché nonchalant mais élégant, menton légèrement haussé, paupières plissées, son regard souligné d'un trait de crayon noir semble se perdre dans les entrelacs du papier qui tapisse les murs. On décèle néanmoins un soupçon de vigilance dans l'inclinaison de la tête, elle tend l'oreille.

A ses côtés, mollement alanguie sur les coussins de velours cramoisis du canapé, le corps relâché, presque flasque sous sa robe rose satinée, Vanessa pianote convulsivement son téléphone. La frénésie de ses doigts contraste violemment avec sa position avachie comme si toute son énergie se concentrait, là, au niveau de ses mains manucurées. Ses yeux dévorent l'écran. On lit sur son visage toute une gamme d'émotions, lorsqu'une moue vient pincer ses lèvres, quand sourcil relevé, elle arrondit la bouche, esquisse un sourire que le gloss fait briller ou, les yeux écarquillés, narines dilatées, elle se mord la langue du bout des dents. Soudain attentive, elle relève la tête.

C'est lui qui retient l'attention car il fait de grands gestes, d'autant plus amples que ses bras sont démesurés. Lui, c'est Blaise, une sorte de géant musclé. Il balaie, ratisse l'espace, l'excède. Il éructe, le nez rouge vif, la bouche gauchie par la colère, cogne de ses poings fermés l'angle de la table, martèle de son pied droit le tapis, soulève un nuage de poussière qui s'inscrit dans le rai blême. Puis il se met à arpenter la pièce à longues enjambées, rythmant sa marche de hochements de tête vigoureux.

Troublé par tant d'agitation Luc se redresse, la saillie de ses veines révèle la tension du cou, quelques gouttes de sueur perlent sur son nez qu'il essuie d'un revers de manche. Il semble ne pas comprendre, hausse les épaules.

Marthe hoche la tête. Ses boucles d'oreille tintinnabulent.

Vanessa, les pouces figés dans l'amorce d'un prochain mot, rectifie sa posture comme si elle devenait soudain inappropriée.

Au centre de la pièce, discrètement éclairé, un sourire caustique aux lèvres, mordant, blessant, ses jambes allongées, croisées devant lui, il scande du pied un inaudible couplet. Il caresse son menton, entrouvre les lèvres puis les referme, sans parler. Alors dépliant ses jambes lentement il se lève, accusateur, scrute Blaise qui cesse son va et vient, puis les observe un par un, les dévisage comme s'il cherchait à les reconnaître, contourne le bureau d'un pas mesuré, empoigne le cendrier et le jette violemment. Des éclats de verre parsèment le sol. Il se dirige vers Luc, qui prit d'une tremblement convulsif, tente en vain de reculer, mains plaquées au sol. Il redoute les éclats du patriarche qui maintenant le pointe du doigt après avoir repoussé brutalement cette mèche blanche qui le distingue entre tous. Son front ridé plisse sous la fureur.

— Pourquoi t'as tiré ? c'était pas prévu.

Tous le fixent dorénavant, attendent sa réponse, sans un geste.

Cristal
Un geste ou deux

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Commentaires 1

Sylvie Reymond Bagur le dimanche 21 novembre 2021 20:32

Une ambiance qui m'a fait penser aux "Mains sales" de Sartre. Un moment supendu pris entre action commune au sein d'un groupe et jeu des consciences individuelles.

Une ambiance qui m'a fait penser aux "Mains sales" de Sartre. Un moment supendu pris entre action commune au sein d'un groupe et jeu des consciences individuelles.
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