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Texte d'atelier d'écriture sur les larmes Atelier Larmes

Elles se sont échappées une nouvelle fois.

L'oreiller trempe ses joues de son humidité triste et elle s'essuie machinalement les yeux.

Elle leur avait pourtant interdit de recommencer, de la tourmenter. Mais elle sont là, tapies.

Elles reprennent. Ses épaules tressautent. C'est comme une pluie sur son visage, de minces rigoles salées qu'elle cueille du bout de la langue comme un mets honteux. Elle en éprouverait presque du plaisir, une consolation en tout cas. Elles emportent avec elles un peu du trop-plein de sa douleur.

Elle revoit cette dame dans le bus qui tordaient dans ses mains noueuses un mouchoir tout fripé. Ses paupières étaient gonflées de chagrin, de lassitude aussi. Elle avait eu l'impression de se regarder, de chercher dans ce visage des réponses au grand labyrinthe de sa tristesse. Puis elle avait pensé : Les grandes personnes qui pleurent, ça doit être sérieux ! parce qu'elles n'ont pas le droit lui avait dit sa grand-mère. Peut-être qu'elle avait perdu son chat ?

Elle a les yeux grands ouverts. Larmes de rage ou de peine ? elle ne sait plus à force de pleurer, à force de carambolage dans sa tête. Il pleut dedans son corps, toute cette grisaille qui a envahi sa vie depuis qu'elle est seule ici. Si seule. Elle voudrait pouvoir crier, leur hurler qu'elle n'a pas voulu ça. Mais à qui ? elle voudrait pouvoir adresser ses larmes à quelqu'un. Quelqu'un qui la prendrait dans ses bras, qui la ferait rire, avec des chatouillis, comme autrefois.

Les pleurs ça répare à ce qu'il parait ? pleure un bon coup, ça ira mieux après… sauf que ça la ravine au contraire, ça lui creuse des sillons au plus profond et ça la laisse sans défense, Y'a juste sa rage qui sommeille, juste derrière, contre sa condamnation injuste.

- Sèche tes larmes de crocodile, qu'elle a dit la juge d'une voix aigre. Tu ne m'impressionnes pas ! Et puis c'est un peu tard pour te désoler mais pas encore pour te repentir !

Elle regarde les barreaux qui découpent le ciel par la fenêtre, les gouttes martèlent la vitre et ruissellent pesamment, brouillent son désir de fuir. Elle entend le bruit des clés, les portes qui claquent une à une. Parmi les cris, les coups, elles distingue les sanglots. Elle sait qu'elle n'est pas la seule à souffrir, que l'angoisse du foyer les tenaille, toutes. Mais la plupart des filles attendent d'être seules, pour échapper aux sarcasmes, à la violence de celles qui n'ont plus rien à perdre ou qui ont déjà tout perdu.

Celles-là même qui la guettent. Celles à qui elle essaie de résister mais qui sont embusquées, prêtes à la faire trébucher dès qu'elles sortent : alors la fontaine, t'as fermé le robinet aujourd'hui ? celles qui l'assaillent.

Il y a la grande qui se glisse derrière elle, ses yeux d'acier lui brûle la nuque. Elle sent le souffle rauque des autres, comme des chiens bien dressés. Une nouvelle lui tire les cheveux, sa tête bascule vers l'arrière tandis que la Taupe, celle aux lunettes rayées par la crasse, lui cisaille les côtes. La Poutre lui coince le bras, l'oblige à se courber.

Et puis elles frappent, méthodiquement, à tour de rôle, disciplinées, triomphent enfin lorsque ses pleurs jaillissent.

La hargne monte lentement. Ses larmes, acides comme un venin, lui piquent le coin de l'œil. Sur ses lèvres, leur goût amer est cuisant.

Alors, rageusement, elle les laisse couler, serre les poings.

Demain elle ne pleurera pas. Pas question.

Sa nuque se hérisse, elle se redresse.

Non. Demain, c'est elle qui les fera pleurer. 

Les pleurs.
Panique au Louvre

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