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Fatoumata

euphorbe-en-fleur-2 Atelier Imaginaire fragmenté

Et il y a la meute des enfants. Poussière, éclats de rire, ceux du soleil qui mordent sa peau. Chaleur cuisante, ombres tranchantes, sourire aux lèvres, elle descend le sentier, son bidon sur la tête, la main sur le bidon, le poids de l'eau oscille doucement. Elle rayonne, le corps luisant, dressée dans son boubou bleuté, heureuse de laisser chanter en elle tous les mots de sa terre. Ses bracelets tintent. La noria tourne, ronde immuable des bœufs, à midi le tef sera pilé, ronde des enfants, rondeur du plat qui fume, du plat partagé, des mains qui se croisent pour manger.

Et il y a l'ombre du micocoulier. Pénombre fraiche. Elle est assise, étend ses jambes, un fil d'or court sur la couette, velours et dentelles sur les coussins soyeux. Murmure de la rue, roucoulement des pigeons par la fenêtre, envol des étourneaux, son regard caresse la photo de l'euphorbe au-dessus du buffet, la ligne douce des falaises blondes. Elle a le temps. Ronronnement du frigidaire, chuintement régulier du tambour de la machine. Chahut des enfants, gourmands, qui cavalent dans l'escalier, qui franchissent la porte. Le rôti dans le four frémit de les attendre. Ça sent les épices et le thym.

Et il y a le parfum. Son parfum. Elle s'est fait les ongles, des nattes tressent ses tempes, sa jupe serrée découvre ses genoux. Sur son bureau, un galet rond. Elle est penchée, absorbée sur son ordinateur. Cliquetis mat de ses doigts sur le clavier. Ascenseurs climatisés, longs couloirs feutrés, alignement impeccable des travées, parois aux transparences limpides, la baie vitrée ouvre sur la ville, blanchie de neige, immaculée. Il doit faire froid dehors. Le bureau est un cocon douillet. Des murmures, des rires parfois agitent les allées, attentions discrètes, clins d'œil complices, petites connivences, et l'odeur du café, le moelleux du croissant, le croquant d'un biscuit. Plaisir du chocolat qui fond sur la langue, plaisir de ses offrandes répétées.

Et il y a la dalle, dure, béton sale. Elle pousse son caddie, bras tendus, regard perdu, traversée silencieuse que rien ne retient. Elle avance, effacée par le vent qui balaie l'espace sans répit. Invisible. Ses pieds s'usent à marcher, noirs comme le sol souillé. Crissement des roues sur le bitume fissuré. Les pigeons agacent le linge qui pend aux fenêtres des immeubles fatigués, maculent les paraboles. Tous les maux de la terre. Des gouttes griffent le sol, cascadent dans le caniveau. Grisaille vide, humide, solitude glacée. Elle s'agrippe, le caddie comme une canne, pour ne pas tomber. 

Concours de textes courts
L'attente

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Commentaires 2

Stéphanie R. le mercredi 9 novembre 2022 08:46

Merci d'avoir partagé ce texte profond et poignant. On est captivé et ému à la fin.

Merci d'avoir partagé ce texte profond et poignant. On est captivé et ému à la fin.
Sylvie Reymond Bagur le mardi 8 novembre 2022 14:19

Percevoir quelque chose d'un personnage, de sa sensibilité, de sa vie, au travers de fragments de son imaginaire, c'était le sujet de cet atelier et ce texte y parvient de façon forte, concentrée, profondément humaine.

Percevoir quelque chose d'un personnage, de sa sensibilité, de sa vie, au travers de fragments de son imaginaire, c'était le sujet de cet atelier et ce texte y parvient de façon forte, concentrée, profondément humaine.
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"Le romancier habite les seuils, sa tâche est de faire circuler librement le dedans et le dehors, l'éternité et l'instant, le désespoir et l'allégresse."  Yvon Rivard

" La vie procède toujours par couples d’oppositions. C’est seulement de la place du romancier, centre de la construction, que tout cesse d’être perçu contradictoirement et prend ainsi son sens."  Raymond Abellio

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