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Folie criminelle

9387f5a072eae3f95c0fd070e9106410f9-27-synesthesia.rsquare.w700 Atelier écrire la folie

Il a 10 ans. Il vit à la campagne. Ses parents sont gentils. Dans sa chambre, vit un chat en peluche. Il a une petite voiture Dinky Toys. Elle est rouge. Elle roule. Il y a le lit. Il y a la table de nuit. Il y a la chaise. Il est heureux. Il n'y a pas de livres. Il ne peut pas lire. Il ne lit jamais. Il n'y a pas de magnétophone. Il ne peut pas écouter de musique. Il n'écoute jamais de musique. Il n'y a pas de télévision. Il ne regarde jamais la télévision. Ça coûte trop cher. Au grenier, il y a beaucoup de cartes postales. Il ne faut pas les toucher. Ça les abimerait. Il ne peut pas manger de chocolat. Ça donne mal au ventre. Il ne peut pas avoir d'amis. Ils ne seraient pas assez bien. Il ne peut pas aller au foot. C'est trop dangereux. C'est trop violent. Il ne peut pas cuisiner du flanc au lait avec sa grand-mère. Le lait bouillant pourrait se renverser sur lui. C'est dangereux. Il est heureux. Il n'est pas libre. Il travaille très bien à l'école. Il est corseté. Il est le premier de la classe. Il est cadenassé. Il ne peut rien faire.Ses gentils parents sont odieux. Ses gentils parents sont d'horribles tortionnaires. Ses gentils parents sont des monstres.

Il a 14 ans. Il entrouvre la porte. La porte s'entrouvre. Un nouvel univers s'ouvre à lui. Il est heureux. Il a peur. Il a peur d'être heureux. Il va au lycée. Il va au lycée en autobus le lundi matin et il revient chez lui en autobus le vendredi soir. Il est en seconde scientifique. Il sera ingénieur. Pendant les vacances, il travaille chez Amazon pour se faire de l'argent de poche. Chez Amazon, il est exploité. Chez Amazon, il vit l'esclavage. Chez Amazon, il est un esclave. Il ne peut pas voir les filles. Il ne veut pas voir les filles. Il a peur des filles. Les filles lui font peur. Il est heureux. Il a des copains. A 22h12, il ouvre la fenêtre. La fenêtre ne grince pas. Il a bien huilé les gonds de la fenêtre. Il ouvre les volets. Le volet droit grince. Il a peur. Il saute. Il saute sur le trottoir. Il est libre. Il fait -12°. Il a chaud. Il rejoint ses copains. Avec ses copains, il joue au tarot. Ils jouent à l'argent. Ils jouent pour de l'argent. Il boit. Il boivent beaucoup. Il commence à fumer. Il fume. Il fume de la drogue. Il trouve que c'est bon. Il trouve que ça le détend. Il trouve que la drogue est bonne. Il viole une fille dans les toilettes du lycée. Les toilettes sont peintes en bleu.

Il a 18 ans. Il a un sursis pour ses études. En fac, il est libre. En fac, il ne travaille pas. En fac, il ne fait rien. En fac, il est libre de rien faire. En fac, il y a des filles. En fac, il y a beaucoup de filles. Il est heureux. Il a peur des filles. Il a peur d'être heureux.

Il a 19 ans. Il travaille. Il est maçon. Il aime l'odeur du ciment. Il aime gâcher le ciment. Il aime toucher le ciment. Il aime malaxer le ciment. Il monte le mur. Le mur monte. Le mur est monté. Il est heureux. Les murs. Le toit. La maison. La maison montée. L'extase. Il est bien. Il est très bien. Il a mal.

Il a 20 ans. Il écrit. Il écrit de la poésie. Il a peur. Il a peur de la folie de sa poésie.

Il a 21 ans. Il est amoureux. Il aime une femme. La femme est belle. La femme est très belle. La femme porte un mini short en jean. La femme est bandante. La femme est très bandante. La femme le fait bander. Il bande. Il est heureux. La femme est lesbienne. La femme est une lesbienne. La femme est une belle lesbienne. Il se bouffe les couilles. Pourquoi ça ?

Il a 22ans. C'est la fin du sursis. Le sursis est fini. Il va faire son service militaire en régiment disciplinaire en Allemagne. Les jeunes soldats sont jeunes. Les jeunes soldats ont 18 ans. Il a 22 ans. Il est vieux. Il est le vieux. Il n'est pas de leur monde. Il ne fait pas partie de leur monde. Ils le chambrent. Ils le chahutent. Ils le bizutent. Ils lui font une bite au cirage. Il est seul. Dans cet univers cruel et dévastateur, il est seul. Il est seul au monde. Il n'en peut plus. Il est à bout. Folie d'être ici. Il l'a dans son casier fermé par un cadenas. Il sait qu'il l'a. Il n'ose pas. Il a peur de le sortir. Il le sort. Il se masturbe en matant les photos pornos dans son « Lui ». Il fait les corvées de chiottes. Il est aux ordres. Il subit les ordres. Il fait -23°. 10 km. Il rampe sur le sol gelé. Il est blessé. Il est fracassé. Il est humilié. Il refuse de chanter les chants coloniaux. Il est traîné hors des rangs par le sergent-chef aux grosses moustaches. En ambulance militaire, il est emmené à l'Hôpital Psychiatrique Militaire dans la ville de Fribourg. Le médecin colonel a les yeux mitraillettes. Le médecin colonel est un nazi. Il est terrorisé. La terreur l'assaille de pieds en tête. La terreur. La peur. L'horreur. Il fracasse tout dans sa chambre. Ils le sanglent sur le lit couvert de tessons de vers. Il tutoie la folie.

Il a 42 ans. Il est marié. Il a une femme. Il a une fille de 15 ans. Il a un fils de 12 ans. Il a une fille de 4 ans. Ils vivent à Gennevilliers en banlieue parisienne. Elle est postière. Il est traminot. Lors d'un accès de violence, il est diagnostiqué schizophrène. Il a un traitement lourd. Il a des absences. Il n'a plus d'érection. Il arrête de prendre ses médicaments. Il est hospitalisé. Il retrouve l'univers carcéral. Il retrouve l'H.P.. La camisole de force. Les électro-chocs. La co-habitation avec des pires que lui, est terrible. Cette magnifique chose que l'on nomme l'horreur. Il est libéré. Il est bien. Il va bien. Un soir, dans le salon, il égorge sa femme. 

Folie de l'écriture et l'écriture de la folie
Folie de l'écriture Antonin et Dieu

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Commentaires 1

DELPRAT Hélène le samedi 22 février 2020 10:59

Haletant comme le rythme du texte, comme les mots précipités, leur flot qui mène à la chute que l'on attendait, que l'on redoutait. C'est réussi!

Haletant comme le rythme du texte, comme les mots précipités, leur flot qui mène à la chute que l'on attendait, que l'on redoutait. C'est réussi!
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"Le romancier habite les seuils, sa tâche est de faire circuler librement le dedans et le dehors, l'éternité et l'instant, le désespoir et l'allégresse."  Yvon Rivard

" La vie procède toujours par couples d’oppositions. C’est seulement de la place du romancier, centre de la construction, que tout cesse d’être perçu contradictoirement et prend ainsi son sens."  Raymond Abellio

"Certains artistes sont les témoins de leur époque, d’autres en sont les symptômes."  Michel Castanier, Être

"Les grandes routes sont stériles." Lamennais 

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