Bienvenue sur le blog de mes stages et ateliers  d'écriture !

Textes écrits par des participants à mes ateliers et à mes stages d'écriture, manifestations littéraires, concours... 

Dernière publication

Solène J.
31 mai 2026
Textes d'ateliers

1 À la gare, les choses lui semblèrent soudainement précipitées. Le cours des événements s'était-il accéléré par une raison juste ou s'était-il seulement laissé emporter par le fantasme d'une fuite ?L'idée serait dès à présent de s'offrir une anti-biographie. Se perdre le plus possible, s'offri...

Derniers commentaires

Invité - Sadoul
10 mai 2026
Quel voyage, tout en sensibilité ! L'impression d'y être, de ressentir les sensations ,les...
Invité - Jean-François D
17 mars 2026
subtilement glaçant!
Taille du texte: +

Monsieur Neige

gettyimages-200493819-001-612x612 Stage nouvelle

Un grand hôpital blanc, voilà le lieu où je me trouve. Blancs les murs, blanches les blouses des infirmières. Le blanc égale l'absence. Le blanc égale le rien, le non- être. Un mariage blanc, c'est un mariage qui ne se concrétise pas. Une voix blanche, on ne l'entend pas. Dans un grand hôpital blanc, on est dans un non-lieu. Ce n'est pas l'enfer, certes pas le paradis non plus. Ce sont plutôt les limbes, l'univers des bébés morts sans connaître la vie que donne le baptême.

Pourtant, depuis ce matin, c'est différent. Je suis ici pour troubles psy. Jusqu'à hier, j'étais dans les délires.On m'a donné à jeun un médicament amer et magnifique, j'ai émergé dans la lucidité.

J'ai eu la visite de l'interne. Il porte une blouse blanche, comme les infirmières. Il a les cheveux très noirs. Et les yeux aussi. Vu dans son ensemble, l'interne est noir blanc. Ce n'est pas la première fois que je l'ai vu mais, dans sa réalité vraie, si.

Les murs ont également changé. Leur opacité blanc lait est maintenant légère et un peu lumineuse. La blouse de l'interne aussi est lumineuse. Il a un regard comme sa blouse, comme les murs, non pas blanc blouse mais lumineux blouse mais lumineux mur. Quand, sous l'effet du médicament amer et magnifique, je regarde l'interne, j'ai l'impression que sa lumière s'est projetée sur les murs et les blouses. Que toute la lumière est en fait dans les yeux de l'interne et qu'il la transmet.

Dans ses cheveux aussi, il y a de la lumière. Je suis sûr qu'il n'utilise pas le shampoing standard de l'hôpital. Le sien doit être un champoing onctueux couleur de diamant. Un champoing diamant onctueux.

Depuis que ce matin j'ai émergé dans la réalité, j'aime l'interne. Je crois que je l'aimais déjà dans mes délires mais très confusément. Un amour brouillard, voilà ce que c'était. À présent, c'est un éblouissement par un jeune homme noir blanc lumière.

Ce serait audacieux de penser que mon amour est réciproque. Pourtant je ne peux pas m'empêcher de l'envisager. L'interne, s'il m'aime, est-ce depuis ce matin ou était-ce avant aussi ? Ce matin, avec sa lumière noire dans les yeux, il m'a dit Liliane, comme je suis heureux de vous voir enfin dans notre monde ! C'est une parole de bienvenue bien sûr. Pourtant j'aurais préféré qu'il dise mon monde. Qu'il dise Comme je suis heureux de vous voir enfin dans mon monde ! Son cœur n'est autre qu'un monde. Un monde entier ! Oh, je désire tant être accueillie dans ce monde !

Ce qui me donne de l'espoir, c'est qu'il n'a pas d'alliance. Et aussi notre entretien de ce matin. Il m'a dit Je crois que vous avez de très fortes potentialités. Vous êtes une démunie riche. Il m'a dit vous avez besoin d'un bon repos mais d'un repos vivant.

Je m'imagine mon lit d'hôpital avec cette inscription : Ici vit-repose Liliane. Elle a flirté avec la mort (allusion à ma tentative de suicide) elle vit de vie, la mort est morte. On vit de vie à l'hôpital quand on a rencontré l'homme noir blanc lumière. Quand on a vingt ans et lui peut-être vingt-six. Il m'a dit Vous devez absolument croire que tout n'est pas fini. Le suicide est un point de départ. De nouveau départ. Un prélude à un commencement.

Je l'ai d'abord appelé le jeune homme noir blanc. De son vrai nom, il s'appelle monsieur Neige. Quand je l'ai vu ce matin, svelte, souple, avec ses gestes élégants, je l'ai imaginé dansant sur des skis.

Il m'a demandé si j'aimais le sport. Il m'a dit Moi, j'ai une passion pour le ski. C'était une confidence de lui à moi. La confidence fait partie de l'amour.

On parle des confidences sur l'oreiller. Ce sont elles que je lui ai faites puisque je m'appuie à un oreiller. C'est vrai que sa tête n'était pas à côté de la mienne. Mais c'est bien sur un oreiller qu'ont eu lieu mes confidences.

– Il y a des moments où j'ai presque envie de vivre, voilà ce que je lui ai confié.

– Quand, par exemple ? m'a-t-il demandé.

– Maintenant oui, maintenant. Maintenant, avec vous, ai-je ajouté dans une audace timide, d'une voix blanche au message sonore.

– Je passerai tous les matins et j'aurai la joie de vous voir dans la joie de la lucidité, voilà ce qu'il m'a dit en retour.

Était-ce une réponse à mon amour ? Qu'a-t-il voulu signifier ? Pour moi, la lucidité, c'est de voir son visage qui transmet la lumière. Mais si je suis lucide, puis-je vraiment croire qu'il m'aime d'amour ?

Quand je pense à monsieur Neige, je pense à la brûlure qu'il a imprimée dans mon cœur. La brûlure de la neige.



Séducteur toutes saisons
Agricol Perdiguier, un homme étrange

Sur le même sujet:

 

Commentaires 1

Sylvie Reymond Bagur le dimanche 6 septembre 2020 09:51

Texte écrit en stage d'écriture, la rencontre amoureuse sous une forme très particulière...

Texte écrit en stage d'écriture, la rencontre amoureuse sous une forme très particulière...
Déjà inscrit ? Connectez-vous ici
mercredi 10 juin 2026
Si vous souhaitez être informé des publications de ce blog :

Textes à redécouvrir

21 novembre 2025
Le gris établit un nouvel ordre ouaté du monde. Paul Claudel. Le gris avance d'un pas hésitant, il trébuche le gris.Il progresse pourtant en gonflant ...
578 lectures
1 décembre 2021
Le soleil s'éveille doucement, les premiers rayons sont déjà brûlants, la journée sera caniculaire. Après plusieurs heures de piste, nous voilà e...
1468 lectures
24 mai 2022
Il était une fois les lunettes de ma voisine par la fenêtre éclairée je voyais qu'elle me regardait. Elle me regardait. Est-ce qu'elle m'observait ? C...
1597 lectures

Phrases d'auteurs...

"Si vous avez quelque chose à dire, tout ce que vous pensez que personne n'a dit avant, vous devez le ressentir si désespérément que vous trouverez un moyen de le dire que personne n'a jamais trouvé avant, de sorte que la chose que vous avez à dire et la façon de le dire se mélangent comme une seule matière - aussi indissolublement que si elles ont été conçus ensemble."  F. Scott Fitzgerald

"Le romancier habite les seuils, sa tâche est de faire circuler librement le dedans et le dehors, l'éternité et l'instant, le désespoir et l'allégresse."  Yvon Rivard

" La vie procède toujours par couples d’oppositions. C’est seulement de la place du romancier, centre de la construction, que tout cesse d’être perçu contradictoirement et prend ainsi son sens."  Raymond Abellio

"Certains artistes sont les témoins de leur époque, d’autres en sont les symptômes."  Michel Castanier, Être

"Les grandes routes sont stériles." Lamennais 

"Un livre doit remuer les plaies. En provoquer, même. Un livre doit être un danger." Cioran

"J'écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l'aventure d'être en vie."Henri Michaux

"La littérature n’est ni un passe-temps ni une évasion, mais une façon–peut-être la plus complète et la plus profonde–d’examiner la condition humaine." Ernesto Sábato, L’Ecrivain et la catastrophe

"Le langage est une peau. Je frotte mon langage contre l'autre. " Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux 

 

 

Mon blog personnel

Des articles sur l'écriture, des conseils, des exemples, des bibliographies et mes propres textes. Ci-dessous, les derniers articles publiés.

Visitez mon blog

Faire peur au lecteur !
Faire peur au lecteur !
« L’émotion la plus forte et la plus ancienne de l’humanité c’est la peur, et la peur la plus ancienne et la plus forte est celle de l’inconnu. » affirme H. P. Lovecraft. Mais, sous l’évidence du mot et de l’émotion qui lui est associée, qu’est-ce finalement, la peur ?...

Lire la suite

Mots-clés

Absence Acronymes Adresse Afrique Allégorie Alpinisme Amour Anaphore Animal Antonin Artaud Argent Attente Auteur participant aux ateliers Autoportrait Avocats Avortement Baiser Bateau Blaise Cendrars Bleu Bourreau Buzzati Cadre Cafè Campagne Christian Bobin Chronologie Cinéma Concours Construction Conte Corps Corse Couleur Couleurs Couple Course Covid Crescendo De dos Description Désert Désir Dialogue Diderot Douleur Ecrire Ecrire ailleurs Ecriture automatique Ecriture volcanique Ecrivain Emmanuel Berl Enfance Enterrement Enumérations Ephémère Épilogue Epiphanie Erotisme Exil Fable Faits divers Famille Fantastique Faulkner Felix Fénéon Femme Fenêtre Fête Fiction Filiation Flux de conscience Focalisation Folie Fragments Gabriel Garcia Marquez Gestes Giono Guerre Haïkus Henri Michaux Hôpital Humour Idiomatiques Ile Imaginaire Inceste Incipit Indicible Instant Intelligence artificielle Ironie Jalousie Japon Jardin Jean Tardieu Jeu Journal intime Julio Cortázar Justice La vie Langue Larmes Laurent Gaudé Légende Léon Bloy Lettres Lieu Littérature américaine Main Marche Maternité Mauvignier Médias Mémoire Métaphore Métro Michon Micro nouvelles Miroir Moment d'abandon Moment historique Monologue Intérieur Monuments Mort Mots Mouvement Musée Musicalité Musique Mythe Mythes Naissance Narrateur Noms de personnage Nourriture Nouvelles Novalis Nuit Numérique Objets Obsession Odeurs Oxymores Pacte de lecture Paternité Patio Paysage Peinture Personnage Personnage noir Peur Photo Phrase Phrases Pierre Michon Poésie Point de vue Polyphonie Portes Portrait Printemps des poètes Prison Projection de soi Pronoms Quotidien Raymond Queneau Récit d'une vie Recueil de nouvelles Réécriture Rencontres Résilience Retour Révolution Rituel Roman Romantisme Rythme Scène Science-fiction Sculpture SDF Secret Sensation Sève d'automne Silence Soir Solitude Son Souvenir Souvenirs Sport Stages Steinbeck Stupéfiants Style subjectivité Sujets d'actualité Superposition des temps Synesthésie Synonymes Tain Téléphone Témoignage Temporalité Texte avec "tu" Textes écrits à plusieurs Tobias Wolff Train Venise Vie Vieillissement Ville Violence Visage Voix Volcanicités Voyages Voyeur Zola Zoom