Bienvenue sur le blog de mes stages et ateliers  d'écriture !

Textes écrits par des participants à mes ateliers et à mes stages d'écriture, manifestations littéraires, concours... 

Dernière publication

Solène J.
31 mai 2026
Textes d'ateliers

1 À la gare, les choses lui semblèrent soudainement précipitées. Le cours des événements s'était-il accéléré par une raison juste ou s'était-il seulement laissé emporter par le fantasme d'une fuite ?L'idée serait dès à présent de s'offrir une anti-biographie. Se perdre le plus possible, s'offri...

Derniers commentaires

Invité - Sadoul
10 mai 2026
Quel voyage, tout en sensibilité ! L'impression d'y être, de ressentir les sensations ,les...
Invité - Jean-François D
17 mars 2026
subtilement glaçant!
Taille du texte: +

Traversée

La dernière chose dont se souvenait Théo, c'est qu'il était au volant de son bijou rouge de voiture sportive. Pourtant, sans savoir comment ni pourquoi, il se trouvait à présent face à une double porte gigantesque, en bois massif bien vernie et parsemée de formes géométriques en fer forgé. Il sonda les poches de son jean, à la recherche de son portable mais toutes étaient vides et même son portefeuille avait disparu.

Avait-il fait un coma éthylique ? Etait-il en train de rêver ? Se demande-t-on si l'on rêve dans un rêve ?

Il se retourna lentement, les yeux balayant ce lieu mystérieux mais le reste de la pièce était complètement plongée dans le noir. Elle semblait vaste mais il lui était impossible de distinguer la moindre forme, ni même les murs. Tournant sur lui-même pour revenir face à la porte, ses deux mains s'étaient glissées le long de ses joues, remontant davantage avant de s'arrêter, enserrant ses tempes telles des étaux. Il referma ses doigts sur ses cheveux, dont certains cassèrent sous la pression.

Tant de questions sans réponses se bousculèrent dans son esprit quand il avança d'un pas, les mains dégageant ses cheveux. Chacune se posa délicatement sur un pan de porte et dans un grincement sa main droite fut entraînée vers l'avant. La porte était ouverte. Son cœur se serra, il s'essuya les deux mains sur son jean puis les reposèrent dans un même geste sur le battant ouvert pour le pousser plus fort. Inutile, aucune résistance ne s'opposa et la porte s'était comme envolée, dévoilant devant lui une scène à peine croyable.

Une foule de personnes lui faisait face. Ils étaient nombreux, impossible de les compter. Tous vêtus à l'identique, ils arboraient une sorte de tunique de couleur violette, pieds nus, cheveux courts comme un commando, si ce n'est que l'expression enjouée qu'ils manifestaient n'avait rien de comparable à des G.I. L'expression ravie sur leurs visages lui donna l'impression qu'ils l'attendaient. Pourquoi ? Qui étaient-ils ?

« Bonjour… euh, je suis désolé de vous déranger, je crois que je me suis perdu », balbutia-t-il timidement, prêt à faire demi-tour.

« Bienvenue Théo ! », s'exclamèrent-ils en cœur, souriant de plus belle. Les entendre prononcer son prénom le figea, ses jambes tremblaient. Un instant il s'imagina au sein d'une secte. Pourtant ce n'était pas son genre.

Alors qu'il essayait de se remémorer quelques détails de ces dernières heures, le groupe devant lui se scinda en deux, offrant un couloir d'où une lumière blanche se diffusait, de plus en plus forte, jusqu'à l'éblouir au bout du passage. Leurs mouvements avaient l'air orchestrés, comme dans un ballet. Puis une voix douce mi-féminine mi-masculine le pria d'avancer.

Il sentait des auréoles se dessiner dans le creux de ses aisselles, avec pour centre la couture de son T-shirt blanc et se propageant de part et d'autre. Il croisa les bras devant son cœur, se pinçant les deux biceps jusqu'à ressentir une douleur suffisamment saisissante pour confirmer qu'il ne dormait pas. « Pince-moi je rêve » pensa-t-il en fermant les yeux aussi fort que possible, espérant qu'en les rouvrant, il se réveillerait. Loupé !

Il hésita un moment, puis quelqu'un s'approcha, lui murmurant de ne pas avoir peur. C'est sans s'en rendre compte que ses jambes démarrèrent la marche, gauche-droite-gauche-droite, comme s'il ne contrôlait plus son corps et ce qui l'attendait au bout du couloir l'effrayait autant que l'intriguait. Les diverses voix avaient été chaleureuse, les regards posés sur lui émanaient de la tendresse. « Une secte ! », se répéta-t-il. Un rituel de bienvenue. Cela expliquerait la mise en scène, les visages béats trahissant peut-être même une prise de stupéfiants. Des souvenirs qui lui restaient du lycée, ces quelques fois où il s'était laissé tenter, c'est exactement ce qu'il avait ressenti. Un trop-plein d'amour et un sourire niais.

Une drôle de sensation le ramena au moment présent. Il était encerclé. Il avait dépassé les premiers individus qui fermaient maintenant le couloir derrière lui, lui ôtant la seule possibilité de fuir. Ils avaient certes l'air gentil mais il se sentait piégé. Ils étaient trop nombreux pour tenter de se frayer un chemin pour sortir de là.

« N'aies pas peur, viens » reprit une voix douce.

Il avait envie de courir, de crier, de demander ce qu'il faisait là et ce qu'ils lui voulaient, or il n'était plus maître de son corps, les bras toujours croisés, ses mains serraient ses biceps, sa mâchoire demeurait scellée, ses membres inférieurs déambulaient. Seules ses pensées demeuraient vives mais il n'était pas sûr non plus de les contrôler. A chaque fois qu'il baissait la tête, une lumière vive lui brûlait les yeux, ce qui l'obligeait à contempler ses hôtes aux visages curieusement similaires, qui le mettaient mal à l'aise. Il se sentait impuissant, contraint à exécuter sa marche telle une marionnette envoutée. Il parvint néanmoins à faire un tour sur lui-même pour se rendre compte que chacun des individus portait pour seule expression, toujours le même sourire. Leurs corps se mouvaient, avançant sur lui dans son propre rythme. Les dizaines d'autres, qu'il n'avait pas encore passé, étaient toujours face à lui, comme attendant le passage des marathoniens en pleine ville, les cris et les banderoles en moins. Ce silence était pesant et pourtant une quiétude le gagnait. Il ne trouvait aucune explication mais au fond de lui, il se sentait en sécurité.

Il se trouvait tout proche de la ligne d'arrivée quand le lieu fut plongé dans le noir avant de donner place à un faisceau lumineux juste devant lui. Théo sentit un frisson le parcourir et se retourna, constatant avec stupeur que tous les béats avaient disparu. Comment était-ce possible ?

Plus rien n'était visible que cette lumière à la limite de l'éblouir. Habituellement, il n'aurait pas pu la fixer, mais curieusement, il ne pouvait décrocher son regard. La voix reprit son discours, et au rythme de la voix, la lumière se dilata. Sa tête se mit à tourner, ses jambes à chanceler et d'un coup Théo s'effondra sur sol. 

LA CHARRETTE
Emanation
 

Commentaires

Pas encore de commentaire. Soyez le premier à commenter
Déjà inscrit ? Connectez-vous ici
mercredi 10 juin 2026
Si vous souhaitez être informé des publications de ce blog :

Textes à redécouvrir

24 mars 2021
Les gouttes de pluie tombent avec un zèle têtu sur la tôle ondulée du toit où Luan a trouvé refuge. Il se tasse en boule dans un coin sombre, envelopp...
1559 lectures
11 février 2026
Version JE Je n'ai pas fermé l'œil, il est 3h12 du matin.Le silence de la maison est si dense qu'il semble bourdonner à mes oreilles. Je suis enfoncé ...
299 lectures
1 novembre 2019
Il fait frisquet ce 22 octobre. Une silhouette svelte, un immense sac couleur miel accroché à l'épaule, se dirige d'un pas rapide vers la place d'Iéna...
2261 lectures

Phrases d'auteurs...

"Si vous avez quelque chose à dire, tout ce que vous pensez que personne n'a dit avant, vous devez le ressentir si désespérément que vous trouverez un moyen de le dire que personne n'a jamais trouvé avant, de sorte que la chose que vous avez à dire et la façon de le dire se mélangent comme une seule matière - aussi indissolublement que si elles ont été conçus ensemble."  F. Scott Fitzgerald

"Le romancier habite les seuils, sa tâche est de faire circuler librement le dedans et le dehors, l'éternité et l'instant, le désespoir et l'allégresse."  Yvon Rivard

" La vie procède toujours par couples d’oppositions. C’est seulement de la place du romancier, centre de la construction, que tout cesse d’être perçu contradictoirement et prend ainsi son sens."  Raymond Abellio

"Certains artistes sont les témoins de leur époque, d’autres en sont les symptômes."  Michel Castanier, Être

"Les grandes routes sont stériles." Lamennais 

"Un livre doit remuer les plaies. En provoquer, même. Un livre doit être un danger." Cioran

"J'écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l'aventure d'être en vie."Henri Michaux

"La littérature n’est ni un passe-temps ni une évasion, mais une façon–peut-être la plus complète et la plus profonde–d’examiner la condition humaine." Ernesto Sábato, L’Ecrivain et la catastrophe

"Le langage est une peau. Je frotte mon langage contre l'autre. " Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux 

 

 

Mon blog personnel

Des articles sur l'écriture, des conseils, des exemples, des bibliographies et mes propres textes. Ci-dessous, les derniers articles publiés.

Visitez mon blog

Faire peur au lecteur !
Faire peur au lecteur !
« L’émotion la plus forte et la plus ancienne de l’humanité c’est la peur, et la peur la plus ancienne et la plus forte est celle de l’inconnu. » affirme H. P. Lovecraft. Mais, sous l’évidence du mot et de l’émotion qui lui est associée, qu’est-ce finalement, la peur ?...

Lire la suite

Mots-clés

Absence Acronymes Adresse Afrique Allégorie Alpinisme Amour Anaphore Animal Antonin Artaud Argent Attente Auteur participant aux ateliers Autoportrait Avocats Avortement Baiser Bateau Blaise Cendrars Bleu Bourreau Buzzati Cadre Cafè Campagne Christian Bobin Chronologie Cinéma Concours Construction Conte Corps Corse Couleur Couleurs Couple Course Covid Crescendo De dos Description Désert Désir Dialogue Diderot Douleur Ecrire Ecrire ailleurs Ecriture automatique Ecriture volcanique Ecrivain Emmanuel Berl Enfance Enterrement Enumérations Ephémère Épilogue Epiphanie Erotisme Exil Fable Faits divers Famille Fantastique Faulkner Felix Fénéon Femme Fenêtre Fête Fiction Filiation Flux de conscience Focalisation Folie Fragments Gabriel Garcia Marquez Gestes Giono Guerre Haïkus Henri Michaux Hôpital Humour Idiomatiques Ile Imaginaire Inceste Incipit Indicible Instant Intelligence artificielle Ironie Jalousie Japon Jardin Jean Tardieu Jeu Journal intime Julio Cortázar Justice La vie Langue Larmes Laurent Gaudé Légende Léon Bloy Lettres Lieu Littérature américaine Main Marche Maternité Mauvignier Médias Mémoire Métaphore Métro Michon Micro nouvelles Miroir Moment d'abandon Moment historique Monologue Intérieur Monuments Mort Mots Mouvement Musée Musicalité Musique Mythe Mythes Naissance Narrateur Noms de personnage Nourriture Nouvelles Novalis Nuit Numérique Objets Obsession Odeurs Oxymores Pacte de lecture Paternité Patio Paysage Peinture Personnage Personnage noir Peur Photo Phrase Phrases Pierre Michon Poésie Point de vue Polyphonie Portes Portrait Printemps des poètes Prison Projection de soi Pronoms Quotidien Raymond Queneau Récit d'une vie Recueil de nouvelles Réécriture Rencontres Résilience Retour Révolution Rituel Roman Romantisme Rythme Scène Science-fiction Sculpture SDF Secret Sensation Sève d'automne Silence Soir Solitude Son Souvenir Souvenirs Sport Stages Steinbeck Stupéfiants Style subjectivité Sujets d'actualité Superposition des temps Synesthésie Synonymes Tain Téléphone Témoignage Temporalité Texte avec "tu" Textes écrits à plusieurs Tobias Wolff Train Venise Vie Vieillissement Ville Violence Visage Voix Volcanicités Voyages Voyeur Zola Zoom