Bienvenue sur le blog de mes stages et ateliers  d'écriture !

Textes écrits par des participants à mes ateliers et à mes stages d'écriture, manifestations littéraires, concours... 

Dernière publication

Solène J.
31 mai 2026
Textes d'ateliers

1 À la gare, les choses lui semblèrent soudainement précipitées. Le cours des événements s'était-il accéléré par une raison juste ou s'était-il seulement laissé emporter par le fantasme d'une fuite ?L'idée serait dès à présent de s'offrir une anti-biographie. Se perdre le plus possible, s'offri...

Derniers commentaires

Invité - Sadoul
10 mai 2026
Quel voyage, tout en sensibilité ! L'impression d'y être, de ressentir les sensations ,les...
Invité - Jean-François D
17 mars 2026
subtilement glaçant!
Taille du texte: +

Elle...

Elle est sanguine dans sa robe de mort. Presque nue contre les gifles du vent. Au sommet du monde, sur cette montagne qui n'a ni lieu ni nom, elle s'offre toute entière à la Communauté.

Elle est divine à aspirer la foule comme un rail d'adrénaline. Elle traverse la horde de fidèles béats. Son avancée vers ce chemin tracé dans les étoiles incendie la neige sous ses pas. Toujours la chair à vif au son des psaumes d'adoration qui s'intensifient. Elle est l'apogée d'un mensonge parfait quand les croyances vacillent. L'unique point de salut qui harangue la foule et la plie à genou. En fusil de chasse prêt à dégoupiller.

La tête haute, portée à bout de corps par des corps enivrés, les fidèles la pressent en avant. Le son des cloches brise la matraque du vent alors qu'elle chemine en silence au bord de la falaise. Sur sa silhouette menue, la tempête l'a marquée à sang. Elle enserre ses deux bras comme pour enlacer l'icône de son être tout entier. Radieuse au cœur de cette adoration malade. La femme-offrande au milieu de toutes les autres qui peignent leur visage de larmes heureuses et geignent avidement de la voir mourir.

Gargantuesque spectacle que la spectacle de la mort lorsqu'il est fait au titre de la vie n'est-ce pas ?

Elle a été désignée par la Communauté, élevée, nourrie et aimée toute sa courte vie pour cette éternité qui l'accueille et la transcende. Elle se sent légère et apaisée. Lumineuse dans des ténèbres duveteuses. Rassurante, si étouffante pourtant qu'elle se force à respirer. Ses poumons sont vides.

Ses pas ne s'enfoncent pas dans la neige.

Elle est la volupté d'un songe. Le dévoilement d'un secret. L'aberration d'un mensonge. Le murmure étouffé d'une vérité confuse.

Elle ne tremble pas. Même pas un instant de trop.

Elle est jeune. Séduisante malgré ses 14 printemps, dans les pétales incendiaires de son vêtement qui doit étendre son feuillage une dernière fois dans la chute. Car la chute va venir et, dans le reflet des fidèles, son corps de déesse est tout entier déjà brisé contre l'acier du vide. Et son squelette d'enfant porté au paradis à faire germer la vie au sein de la Communauté. Il n'y aura pas d'enterrement et personne ne viendra fleurir sa tombe. D'autres alimenteront la succession et l'héritage des aveugles ne tarira pas. Toujours, il viendra murmurer à des oreilles tendues « bois mon eau ».

Le berger à ses côtés récite les sacrements alors que ses orteils battent dans le vide. Elle est un oiseau éreinté prêt à bondir. Devant elle ou derrière le cortège des fous qui dresse un mur de fureur et d'éclat de voix dans son ombre.

Elle est ivre car elle a bu à toutes les coupes et à tous les verres depuis la veille. Les râles derrière elle s'intensifient. Ils la pousseraient tous en avant s'ils le pouvaient. Sauvagement dans une ivresse folle comme pour en finir. Elle étend courageusement ses ailes invisibles alors qu'une nouvelle rafale de vent fait vaciller les volutes langoureuses de la folie. Tape rageusement contre la carapace de la raison qui s'est cloîtrée seule, hors d'atteinte pour en finir.

Elle cherche finalement dans les yeux du berger un dernier assentiment. La preuve que c'est vrai et qu'elle neva pas mourir pour rien.

Rien dans les yeux du berger. Que le son lancinant de la cloche. La foule qui transpire. Cette odeur de soufre et de mort. De terre et d'entrailles. La foule qui attend la chute. Qui attend sa chute.

Trop ivre pour avoir peur. Mais elle a peur malgré tout.

Son pied s'avance alors que la paume du Berger la presse entre ses omoplates. Elle qui ne sait plus si un squelette vaut vraiment un repas à cette table divine se laisse choir dans le vide.

La montagne défile, la route des étoiles s'enfonce inexorablement dans le vide. Son corps ne se retient à rien et la falaise devient un point minuscule dans un horizon calfeutré. Elle chute. Plus ivre. Plus certaine. Le fanatisme est passé, l'adoration aussi. Le bâillon dans sa bouche qui l'empêchait de crier se desserre et ses ailes s'étendent enfin. 

Traversée de la Manche
Les Effacements, un recueil de nouvelles que je vo...

Sur le même sujet:

 

Commentaires 2

helene forest le jeudi 26 mai 2022 20:22

texte très beau, poétique et universel ! j'aime beaucoup!

texte très beau, poétique et universel ! j'aime beaucoup!
Sylvie Reymond Bagur le dimanche 16 janvier 2022 08:41

Un rapport original et personnel aux mots, une belle force rythmique et sonore pour ce texte, issu de l'atelier "un personnage, une thématique à partir de Chtristian Bobin". Onirique. Intense.

Un rapport original et personnel aux mots, une belle force rythmique et sonore pour ce texte, issu de l'atelier "un personnage, une thématique à partir de Chtristian Bobin". Onirique. Intense.
Déjà inscrit ? Connectez-vous ici
mercredi 10 juin 2026
Si vous souhaitez être informé des publications de ce blog :

Textes à redécouvrir

15 septembre 2019
J'habite seul, au quinzième étage, dans un immeuble de studios, à la ZUP. Les voisins ne vous adressent pas la parole, c'est comme une règle en vigueu...
2365 lectures
27 février 2022
Quand nous étions enfants, son jeu préféré était de s'approcher de moi à pas de loup alors que j'étais absorbée dans ma lecture, elle poussait un cri ...
1369 lectures
15 juin 2021
"J'ai été très prise par sa lecture. J'ai beaucoup aimé les descriptions de cette nature âpre, de ces paysages rudes qui engendrent la nostalgie.Heure...
1942 lectures

Phrases d'auteurs...

"Si vous avez quelque chose à dire, tout ce que vous pensez que personne n'a dit avant, vous devez le ressentir si désespérément que vous trouverez un moyen de le dire que personne n'a jamais trouvé avant, de sorte que la chose que vous avez à dire et la façon de le dire se mélangent comme une seule matière - aussi indissolublement que si elles ont été conçus ensemble."  F. Scott Fitzgerald

"Le romancier habite les seuils, sa tâche est de faire circuler librement le dedans et le dehors, l'éternité et l'instant, le désespoir et l'allégresse."  Yvon Rivard

" La vie procède toujours par couples d’oppositions. C’est seulement de la place du romancier, centre de la construction, que tout cesse d’être perçu contradictoirement et prend ainsi son sens."  Raymond Abellio

"Certains artistes sont les témoins de leur époque, d’autres en sont les symptômes."  Michel Castanier, Être

"Les grandes routes sont stériles." Lamennais 

"Un livre doit remuer les plaies. En provoquer, même. Un livre doit être un danger." Cioran

"J'écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l'aventure d'être en vie."Henri Michaux

"La littérature n’est ni un passe-temps ni une évasion, mais une façon–peut-être la plus complète et la plus profonde–d’examiner la condition humaine." Ernesto Sábato, L’Ecrivain et la catastrophe

"Le langage est une peau. Je frotte mon langage contre l'autre. " Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux 

 

 

Mon blog personnel

Des articles sur l'écriture, des conseils, des exemples, des bibliographies et mes propres textes. Ci-dessous, les derniers articles publiés.

Visitez mon blog

Faire peur au lecteur !
Faire peur au lecteur !
« L’émotion la plus forte et la plus ancienne de l’humanité c’est la peur, et la peur la plus ancienne et la plus forte est celle de l’inconnu. » affirme H. P. Lovecraft. Mais, sous l’évidence du mot et de l’émotion qui lui est associée, qu’est-ce finalement, la peur ?...

Lire la suite

Mots-clés

Absence Acronymes Adresse Afrique Allégorie Alpinisme Amour Anaphore Animal Antonin Artaud Argent Attente Auteur participant aux ateliers Autoportrait Avocats Avortement Baiser Bateau Blaise Cendrars Bleu Bourreau Buzzati Cadre Cafè Campagne Christian Bobin Chronologie Cinéma Concours Construction Conte Corps Corse Couleur Couleurs Couple Course Covid Crescendo De dos Description Désert Désir Dialogue Diderot Douleur Ecrire Ecrire ailleurs Ecriture automatique Ecriture volcanique Ecrivain Emmanuel Berl Enfance Enterrement Enumérations Ephémère Épilogue Epiphanie Erotisme Exil Fable Faits divers Famille Fantastique Faulkner Felix Fénéon Femme Fenêtre Fête Fiction Filiation Flux de conscience Focalisation Folie Fragments Gabriel Garcia Marquez Gestes Giono Guerre Haïkus Henri Michaux Hôpital Humour Idiomatiques Ile Imaginaire Inceste Incipit Indicible Instant Intelligence artificielle Ironie Jalousie Japon Jardin Jean Tardieu Jeu Journal intime Julio Cortázar Justice La vie Langue Larmes Laurent Gaudé Légende Léon Bloy Lettres Lieu Littérature américaine Main Marche Maternité Mauvignier Médias Mémoire Métaphore Métro Michon Micro nouvelles Miroir Moment d'abandon Moment historique Monologue Intérieur Monuments Mort Mots Mouvement Musée Musicalité Musique Mythe Mythes Naissance Narrateur Noms de personnage Nourriture Nouvelles Novalis Nuit Numérique Objets Obsession Odeurs Oxymores Pacte de lecture Paternité Patio Paysage Peinture Personnage Personnage noir Peur Photo Phrase Phrases Pierre Michon Poésie Point de vue Polyphonie Portes Portrait Printemps des poètes Prison Projection de soi Pronoms Quotidien Raymond Queneau Récit d'une vie Recueil de nouvelles Réécriture Rencontres Résilience Retour Révolution Rituel Roman Romantisme Rythme Scène Science-fiction Sculpture SDF Secret Sensation Sève d'automne Silence Soir Solitude Son Souvenir Souvenirs Sport Stages Steinbeck Stupéfiants Style subjectivité Sujets d'actualité Superposition des temps Synesthésie Synonymes Tain Téléphone Témoignage Temporalité Texte avec "tu" Textes écrits à plusieurs Tobias Wolff Train Venise Vie Vieillissement Ville Violence Visage Voix Volcanicités Voyages Voyeur Zola Zoom