Bienvenue sur le blog de mes stages et ateliers  d'écriture !

Textes écrits par des participants à mes ateliers et à mes stages d'écriture, manifestations littéraires, concours... 

Dernière publication

Solène J.
31 mai 2026
Textes d'ateliers

1 À la gare, les choses lui semblèrent soudainement précipitées. Le cours des événements s'était-il accéléré par une raison juste ou s'était-il seulement laissé emporter par le fantasme d'une fuite ?L'idée serait dès à présent de s'offrir une anti-biographie. Se perdre le plus possible, s'offri...

Derniers commentaires

Invité - Sadoul
10 mai 2026
Quel voyage, tout en sensibilité ! L'impression d'y être, de ressentir les sensations ,les...
Invité - Jean-François D
17 mars 2026
subtilement glaçant!
Taille du texte: +

Transat

dali--homard Atelier Regrets conjugués

           Il faisait beau et je n'avais définitivement pas envie de m'extraire du transat. Dorer au soleil était l'objectif de la journée même si par instant la piqure aigue d'un moustique venait déranger le plaisir d'être allongée, à ne rien faire.

La sonnerie du téléphone me tira de ma rêverie ensoleillée, téléphone gisant loin, très loin dans ma chambre. Traverser la maison pour m'en saisir me parut soudain un effort insurmontable ; et puis qui pouvait bien m'appeler à cette heure matinale ? sans doute un de ces importuns cherchant à vendre un frigo révolutionnaire ou un placement juteux.

Devais je abandonner, comme une petite défaite, le moelleux de mes coussins, la caresse de la brise, la contemplation béate des minuscules nuages qui glissaient lentement, la haut, très haut ?

La sonnerie cessa, je m'apaisai, un peu troublée cependant, envahie d'une vague honte à me prélasser, consciente que si on cherchait à me joindre, « pour de vrai », cette requête était, peut-être, fondée et que ma détermination à ne pas bouger serait, peut-être, contre-productive.

La sonnerie retentit de nouveau, insistante, résonnant comme une injonction. J'eus soudain mal à la tête. La matinée s'avérait probablement gâchée car occupée à justifier le fait que je ne me lève pas, que je refuse toute intrusion qui m'éloignerait de mon plaisir égoïste. Après tout, j'y avais droit, non ? la semaine avait été rude, j'étais fatiguée mais la sonnerie, qui me vrillait les oreilles, ne semblait pas vouloir s'interrompre.

Devant tant d'insistance je quittai à regret la terrasse, le soleil, la brise et même les moustiques, pour saisir ce maudit téléphone, objet de mon déplaisir.

C'était Jules qui m'annonçait d'une voix d'outre-tombe que le canapé avait été vendu.



                      Elle se dorait au soleil du matin, allongée sur son transat sans l'intention d'en bouger, manifestement. Quelques moustiques tournoyaient pourtant mais elle ne semblait pas en faire grand cas, tapotait mollement un bras, une cheville puis reprenait sa pose alanguie. Elle semblait jouir de ne rien faire ; un discret sourire au coin des lèvres témoignait de sa béatitude.

Du fond de la maison retentit une sonnerie de téléphone. Elle ne bougea pas, tout juste redressa t-elle la tête un instant, comme pour s'assurer qu'elle avait bien entendu, mais pour la reposer aussitôt sur le moelleux des coussins qu'elle avait disposés avec soin. Son immobilité totale disait assez qu'il n'était pas dans son projet de répondre, seule une légère brise agaçait une mèche de ses cheveux. Elle s'abandonna, fixant le ciel des yeux, tout à sa rêverie.

La sonnerie résonna de nouveau, incisive, répétitive, vite obsédante. Elle s'agita, se retourna hésitante, saisit un accoudoir comme pour se lever, mais n'en fit rien. Cette fois ci, l'interlocuteur insistait, la sonnerie paraissait ne pas vouloir s'interrompre. Elle se redressa pour de bon, le dos droit, buste tendu vers l'avant, mâchoires crispées. Elle semblait réunir toutes ses forces pour résister, pour lutter contre cet appel, se gratta la tête d'un geste brusque qui désordonna sa chevelure puis se prit la tête dans les mains. Un coussin tomba, qu'elle ne fit pas mine de ramasser, le contemplant bêtement comme si cette simple chute avait rompu le charme de sa délicieuse matinée, le regard perdu dans les volutes baroques du tissu cherchant sans doute à deviner qui pouvait la déranger un week-end, sachant très bien que ses semaines étaient harassantes et qu'elle se reposait, probablement.

Elle se leva, d'un air à la fois excédé et résigné pour se diriger vers sa chambre d'un pas trainant. Elle saisit brusquement le téléphone qui gisait sur le lit, avisa le numéro puis décrocha. Jules lui annonçait d'un air accablé que le canapé tant convoité, et dont ils avaient remis l'achat à la semaine suivante sans que l'on sache très bien pourquoi, avait été vendu. 



                             On sait comment c'est. Le weekend arrive, on est crevé, on n'a qu'une envie, celle de se la couler douce, de ne rien faire. Au diable les commentaires activistes qui ont vite fait de vous ranger dans la section des paresseux, que dis-je des flemmards.

On sait aussi que si l'on se concocte un moment de répit, de farniente douillet, style lézard immobile au soleil, il est hors de question de laisser quiconque ou quoique ce soit venir perturber la plus petite minute, malheurà celui ou celle qui aurait l'outrecuidance de téléphoner, par exemple. C'est le genre de truc exaspérant ! non, on est dans son trip égoïste puissance dix, on n'a pas envie de parler, de se prendre la tête, de faire des plans, voire même de consoler le dépressif, fusse-t-il un ami cher. Non, on-veut-du-silence ! on a tous vécu ça, n'est-ce pas ? On perçoit néanmoins le coté périlleux de l'affaire, parce que si la sonnerie retentit plusieurs fois et de surcroit avec insistance, alors là, envolées la tranquillité, la sérénité. Bonjour dans l'ordre, l'énervement, la colère puis l'inquiétude voire l'anxiété, on pourrait même aller jusqu'à la culpabilité car notre bonne chère vieille morale a vite fait de nous rattraper. Car en effet on prend une décision torride, on endosse une responsabilité dont les conséquences seront peut-être catastrophiques voire délétères. Si, si, c'est audacieux, certes, mais c'est un risque. Alors on tergiverse, on délibère, on hésite puis rongé par le remord on décroche.





                               Nous la connaissons, nous savons bien que sous son air insouciant, même au repos, sa petite bagarre intérieure ne cesse jamais. Ainsi nous la voyons en cette belle matinée ensoleillée se prélasser sur son transat, terrasse plein sud, quelques petits moustiques tournoient mais n'ont pas l'air de la perturber outre mesure, ce qui est déjà un petit succès tant elle est prompte à s'énerver pour un rien. Elle donne le change et nous savons que pour elle, ne rien faire, relève de l'exploit, que c'est probablement un défi qu'elle s'est donné ce qui est tout à son honneur mais nous soupçonnons aussi qu'elle doit être très fatiguée pour tolérer cette langueur. Ceci dit nous l'observons, proche de la béatitude, allongée, dans une immobilité totale dont nous n'aurions pas parié qu'elle fusse capable. Nous concevons qu'elle ait droit à ce moment de répit.

Nous entendons soudain la sonnerie du téléphone qui rompt instantanément le charme bucolique de cette scène et contre toute attente, elle bouge à peine. Surpris, nous attendons qu'elle réagisse, qu'elle se lève, bref qu'elle traverse son salon pour rejoindre la chambre où elle a du laisser son téléphone, autre sujet de surprise, elle qui ne s'en sépare jamais. Mais non, la voilà qui se rallonge… nous nous interrogeons car nos repères sont en partie bousculés par la nonchalance de son attitude. Nous pensonsque, malgré les apparences, le doute commence à infuser, qu'une infime dose de culpabilité commence à l'envahir. Tranquillement, elle lève ses yeux vers le ciel, rêveuse et reprend la pose. Nous restons perplexe.

La sonnerie retentit une nouvelle fois, semble plus insistante. Cette fois ci nous n'en doutons pas elle va réagir, en tout cas elle se redresse, se gratte la tête, preuve qu'elle est indécise, qu'elle réfléchit, le petit poison fait son œuvre comme un acide, la ronge lentement. Elle va céder à l'appel, c'est sûr, ce qui confirmera notre conviction. En effet, elle se lève, d'un pas trainant certes, mais elle se lève. Nous sommes sur le point d'applaudir. Nous la retrouvons telle que nous la connaissons, emportée, furieuse mais résignée, elle se doit de répondre, c'est une question de devoir.

Nous la voyons, d'un geste vif, rageur, l'index vengeur balayant l'écran, répondre. Nous soupçonnons, à sa mine déconfite, aux rides naissantes qui creusent son front, à ses épaules qui brusquement s'affaissent, qu'il s'agit de Jules.

La maison aux volets rouges
Rififi...

Sur le même sujet:

 

Commentaires 2

Invité - Anne-Marie Malclès le dimanche 26 mars 2023 14:59

Sylvie quel plaisir de relire ton texte...superbe !

Sylvie quel plaisir de relire ton texte...superbe !
Sylvie Reymond Bagur le samedi 25 mars 2023 08:04

Le texte expérimente avec intelligence et sensibilité les différences induites par un changement de pronom sujet dans un texte. Au-delà de la grammaire et de l'idée un peu réductrice de "point de vue", chaque version trouve un ton différent, une distance particulière à la scène racontée, met en place un rapport particulier avec le lecteur et permet de mesurer la puissance de variation induite par ce choix initial : écrire avec "je", "il", "tu"... Pour lire des exemples sur ce thème ou aller plus loin sur ce thème.

Le texte expérimente avec intelligence et sensibilité les différences induites par un changement de pronom sujet dans un texte. Au-delà de la grammaire et de l'idée un peu réductrice de "point de vue", chaque version trouve un ton différent, une distance particulière à la scène racontée, met en place un rapport particulier avec le lecteur et permet de mesurer la puissance de variation induite par ce choix initial : écrire avec "je", "il", "tu"... Pour lire des [url=https://sylviereymondbagur.atelierecriturestage.fr/categories/documentation-atelier-ecriture/textes-thematiques-atelier-ecriture/extraits-narrations/narrateur-seconde-personne]exemples sur ce thème[/url] ou [url=https://sylviereymondbagur.atelierecriturestage.fr/categories/articles-ecriture/narration/narrateur-et-point-de-vue/le-narrateur-le-choix-du-pronom]aller plus loin sur ce thème[/url].
Déjà inscrit ? Connectez-vous ici
mercredi 10 juin 2026
Si vous souhaitez être informé des publications de ce blog :

Textes à redécouvrir

14 décembre 2020
Les Bacchus de Caravage m'obsédaient, leur chair délicate, légèrement rosée, que l'on devinait subtilement parfumée, cette chair secrètement désirée q...
1832 lectures
20 novembre 2021
Expirer longuement, se laisser glisser, sombrer. Au rythme d'un souffle lent, nous cheminons, les yeux en éveil. Tout voir. Alors un autochtone nous ...
1222 lectures
11 février 2026
Version JE Je n'ai pas fermé l'œil, il est 3h12 du matin.Le silence de la maison est si dense qu'il semble bourdonner à mes oreilles. Je suis enfoncé ...
298 lectures

Phrases d'auteurs...

"Si vous avez quelque chose à dire, tout ce que vous pensez que personne n'a dit avant, vous devez le ressentir si désespérément que vous trouverez un moyen de le dire que personne n'a jamais trouvé avant, de sorte que la chose que vous avez à dire et la façon de le dire se mélangent comme une seule matière - aussi indissolublement que si elles ont été conçus ensemble."  F. Scott Fitzgerald

"Le romancier habite les seuils, sa tâche est de faire circuler librement le dedans et le dehors, l'éternité et l'instant, le désespoir et l'allégresse."  Yvon Rivard

" La vie procède toujours par couples d’oppositions. C’est seulement de la place du romancier, centre de la construction, que tout cesse d’être perçu contradictoirement et prend ainsi son sens."  Raymond Abellio

"Certains artistes sont les témoins de leur époque, d’autres en sont les symptômes."  Michel Castanier, Être

"Les grandes routes sont stériles." Lamennais 

"Un livre doit remuer les plaies. En provoquer, même. Un livre doit être un danger." Cioran

"J'écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l'aventure d'être en vie."Henri Michaux

"La littérature n’est ni un passe-temps ni une évasion, mais une façon–peut-être la plus complète et la plus profonde–d’examiner la condition humaine." Ernesto Sábato, L’Ecrivain et la catastrophe

"Le langage est une peau. Je frotte mon langage contre l'autre. " Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux 

 

 

Mon blog personnel

Des articles sur l'écriture, des conseils, des exemples, des bibliographies et mes propres textes. Ci-dessous, les derniers articles publiés.

Visitez mon blog

Faire peur au lecteur !
Faire peur au lecteur !
« L’émotion la plus forte et la plus ancienne de l’humanité c’est la peur, et la peur la plus ancienne et la plus forte est celle de l’inconnu. » affirme H. P. Lovecraft. Mais, sous l’évidence du mot et de l’émotion qui lui est associée, qu’est-ce finalement, la peur ?...

Lire la suite

Mots-clés

Absence Acronymes Adresse Afrique Allégorie Alpinisme Amour Anaphore Animal Antonin Artaud Argent Attente Auteur participant aux ateliers Autoportrait Avocats Avortement Baiser Bateau Blaise Cendrars Bleu Bourreau Buzzati Cadre Cafè Campagne Christian Bobin Chronologie Cinéma Concours Construction Conte Corps Corse Couleur Couleurs Couple Course Covid Crescendo De dos Description Désert Désir Dialogue Diderot Douleur Ecrire Ecrire ailleurs Ecriture automatique Ecriture volcanique Ecrivain Emmanuel Berl Enfance Enterrement Enumérations Ephémère Épilogue Epiphanie Erotisme Exil Fable Faits divers Famille Fantastique Faulkner Felix Fénéon Femme Fenêtre Fête Fiction Filiation Flux de conscience Focalisation Folie Fragments Gabriel Garcia Marquez Gestes Giono Guerre Haïkus Henri Michaux Hôpital Humour Idiomatiques Ile Imaginaire Inceste Incipit Indicible Instant Intelligence artificielle Ironie Jalousie Japon Jardin Jean Tardieu Jeu Journal intime Julio Cortázar Justice La vie Langue Larmes Laurent Gaudé Légende Léon Bloy Lettres Lieu Littérature américaine Main Marche Maternité Mauvignier Médias Mémoire Métaphore Métro Michon Micro nouvelles Miroir Moment d'abandon Moment historique Monologue Intérieur Monuments Mort Mots Mouvement Musée Musicalité Musique Mythe Mythes Naissance Narrateur Noms de personnage Nourriture Nouvelles Novalis Nuit Numérique Objets Obsession Odeurs Oxymores Pacte de lecture Paternité Patio Paysage Peinture Personnage Personnage noir Peur Photo Phrase Phrases Pierre Michon Poésie Point de vue Polyphonie Portes Portrait Printemps des poètes Prison Projection de soi Pronoms Quotidien Raymond Queneau Récit d'une vie Recueil de nouvelles Réécriture Rencontres Résilience Retour Révolution Rituel Roman Romantisme Rythme Scène Science-fiction Sculpture SDF Secret Sensation Sève d'automne Silence Soir Solitude Son Souvenir Souvenirs Sport Stages Steinbeck Stupéfiants Style subjectivité Sujets d'actualité Superposition des temps Synesthésie Synonymes Tain Téléphone Témoignage Temporalité Texte avec "tu" Textes écrits à plusieurs Tobias Wolff Train Venise Vie Vieillissement Ville Violence Visage Voix Volcanicités Voyages Voyeur Zola Zoom