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La maison vide

Atelier réécriture Atelier L'auteur au travail

Texte d'origine 

"Lorsqu'il voulut ouvrir le portillon, il dût le pousser de toutes ses forces, tellement l'herbe avait envahi le jardin. Depuis combien de temps n'était-il pas venu ?

Tout avait l'air abandonné. Les massifs autrefois si beaux, débordant de fleurs soigneusement choisies selon leur couleur, à dominante bleue du côté du puits où les plumbagos légers et majestueux occupaient une place de choix, près de la porte d'entrée c'était le rose délicat du vieux rosier Pierre de Ronsard qui escaladait le mur, ces massifs qui naguère formaient un ensemble harmonieux étaient maintenant conquis par les herbes sauvages. Seuls quelques dahlias fidèles se laissaient apercevoir au milieu de cette forêt de graminées.

Les piquets de bois qui contrôlaient l'exubérance des rosiers avaient depuis longtemps disparu et ils en profitaient pour dégringoler en cascade le long des murs, il en vit certains se perdre dans l'herbe.

Le temps qu'elle passait à discipliner cette végétation, à tailler les rosiers, à semer des fleurs pour l'été…il fallait que ce soit beau !

Il s'arrêta."

Je veux que l'on sente que cet homme a mis beaucoup de temps avant de pouvoir revenir dans cette maison où il a vécu avec sa femme ; que l'on sente sa difficulté à entrer dans ce lieu ; le portillon fonctionne un peu comme une frontière, le franchir, pour lui, c'est ouvrir une brèche dans ce qui le protège encore de ses souvenirs douloureux.

C'est pourquoi, je ne peux pas le faire entrer directement dans le jardin, d'un seul geste, d'une seule poussée, il n'a pas cette énergie ; arrivé au portillon, il doit forcément avoir un temps d'arrêt, presqu'un recul, la transformation du jardin le saisit, elle lui renvoie en plein cœur l'absence de celle qui entretenait cet espace et le temps qui a passé depuis son départ. Le foisonnement de la végétation lui renvoie aussi bien l'absence de sa femme que sa présence.

En fait, il doit y avoir plusieurs niveaux de représentation dans ce jardin, celui que l'homme voit à ce moment-là, fouillis, abondance, odeurs … le jardin du souvenir, la présence de sa femme qui peut n'être suggérée que par petites touches et le jardin éprouvé, ressenti qui figure la détresse de l'homme. Il faut que j'arrive à suggérer ces trois niveaux en même temps, entremêlés, pas évident.

D'abord, l'évocation du jardin d'avant arrive trop tôt, elle prend le pas sur celui que voit l'homme ; on est dans son regard, la prolifération végétale doit être la première impression, or, elle n'est pas assez marquée, je dois montrer un peu plus le fouillis, il me faut des mots plus expressifs pour le décrire : je supprime les massifs, les souvenirs du jardin ordonné, je les remplace par des mouvements, des odeurs fortes : « C'était un fouillis indescriptible de plantes séchées sur pieds par le soleil, de tiges sombres couchées par le vent d'automne qui pourrissaient au sol ; des plantes sauvages et broussailleuses s'élançaient dans tous les sens et bloquaient le chemin, il ne reconnaissait plus rien. Une odeur terreuse, musquée le prît à la gorge. »

Un autre élément n'est pas assez présent, la nature a repris ses droits, c'est elle qui agit, il n'y a plus personne pour la contrôler, il faut la rendre vivante, la personnifier: « La vigne vierge avait sans peine gagné le toit et s'était frayée un chemin jusqu'au pommier voisin qu'elle enserrait maintenant de ses lianes encore flamboyantes, les ronces elles, s'étaient emparées du puits qui semblait se recroqueviller à leur contact. Tout n'était que débordement, foisonnement, envahissement. C'était une désolation. »

Maintenant, comment traduire la présence/absence de sa femme dans cette description ?

« les massifs autrefois si beaux…, le vieux rosier Pierre de Ronsard… » ça ne va pas, c'est trop descriptif et puis un peu convenu comme vision. Il faut sans doute peu de choses, quelques fleurs aperçues sous les feuillages, quelque outil oublié, cette évocation doit faire surgir l'émotion de l'homme. « Près de la porte d'entrée, il chercha le rosier qu'elle aimait tant, les piquets de bois étaient couchés par terre, plus rien ne le soutenait. Il l'imagina un instant enfui lui aussi. Où était-il parti ? Du regard, il fouilla sous le fatras des herbes et des branches et finit par aperçevoir les longues tiges souples, encore vertes, qui avaient réussi à se faufiler jusqu'à trouver la lumière et faire éclore ces bouquets de petites roses blanches qu'elle disposait partout dans la maison dont le parfum lui revint aussitôt. Pourquoi n'était-il pas revenu plus tôt ?

Il poussa le portillon de toutes ses forces, incapable de retenir les larmes qui coulaient le long de ses joues et il entra dans le jardin »

Texte réécrit

« Arrivé au bout du chemin, la main sur le portillon, il s'arrêta abasourdi par ce qu'il voyait. C'était un fouillis indescriptible de plantes séchées sur pieds par le soleil, de tiges sombres couchées par le vent d'automne qui pourrissaient au sol, des plantes sauvages et broussailleuses s'élançaient dans tous les sens et bloquaient le chemin, il ne reconnaissait plus rien. Une odeur terreuse, musquée le prît à la gorge. La vigne vierge avait sans peine gagné le toit et s'était frayé un chemin jusqu'au pommier voisin qu'elle enserrait maintenant de ses lianes encore flamboyantes, les ronces elles, s'étaient emparées du puits qui se recroquevillait au contact de leurs griffes. Tout n'était que débordement, foisonnement, envahissement. C'était une désolation.

Près de la porte d'entrée, son regard chercha le rosier qu'elle aimait tant, les piquets de bois étaient couchés par terre, plus rien ne le soutenait. Il l'imagina un instant enfui lui aussi. Où était-il parti ? Il fouilla sous le fatras des herbes et des branches et aperçut les longues tiges souples, encore vertes, qui avaient réussi à se faufiler jusqu'à trouver la lumière et faire éclore ces bouquets de petites fleurs blanches qu'elle disposait partout dans la maison dont le parfum lui revint aussitôt. Pourquoi n'était-il pas revenu plus tôt ?

Il poussa le portillon de toutes ses forces, incapable de retenir les larmes qui coulaient le long de ses joues et il entra dans le jardin »

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