Bienvenue sur le blog de mes stages et ateliers  d'écriture !

Textes écrits par des participants à mes ateliers et à mes stages d'écriture, manifestations littéraires, concours... 

Dernière publication

Solène J.
31 mai 2026
Textes d'ateliers

1 À la gare, les choses lui semblèrent soudainement précipitées. Le cours des événements s'était-il accéléré par une raison juste ou s'était-il seulement laissé emporter par le fantasme d'une fuite ?L'idée serait dès à présent de s'offrir une anti-biographie. Se perdre le plus possible, s'offri...

Derniers commentaires

Invité - Sadoul
10 mai 2026
Quel voyage, tout en sensibilité ! L'impression d'y être, de ressentir les sensations ,les...
Invité - Jean-François D
17 mars 2026
subtilement glaçant!
Taille du texte: +

Le feu

feu- Atelier Fantastique, la peur

Maintenant que c'était fini, il était revenu.

A peine arrivé sur le chemin forestier, il découvrit avec effarement un autre monde.L'impression était saisissante : devant lui, à perte de vue, un cimetière se dressait vers le ciel. Des squelettes d'arbres gisaient au sol. Pas un chant, pas un appel, un silence oppressant ; les animaux semblaient avoir déserté les lieux ; à peine le craquement d'un bois mort dans sa chute vers le sol le faisait sursauter et puis le son étouffé de ses pas dans le tapis de cendres encore chaudes dont il devinait par endroits les braises encore actives.

Il voulait voir si sa forêt était encore vivante. Il avait bravé l'interdiction d'y pénétrer, encore en vigueur ; des semaines après, le feu couvait toujours.

L'air était lourd, encore chargé de l'odeur âcre de bois brûlé et de relents désagréables qu'il ne parvenait pas à identifier. Il avançait lentement les yeux rivés sur ce paysage désolé qui n'avait plus rien de familier. Machinalement il lécha les larmes qui ruisselaient sur son visage. De ce qui était sa forêt, son jardin, il ne reconnaissait plus rien. Jamais il n'aurait pu imaginer un tel désastre, une telle dévastation.

Il quitta le sentier et s'enfonça plus profondément dans la forêt. Rien n'avait été épargné par les flammes. Devant lui un dédale de fûts de pins calcinés aux allures fantomatiques, d'un noir macabre, profond. Plus une ombre de vert, plus une feuille. A chacun de ses pas, de légers nuages de cendres se soulevaient pour retomber aussitôt. La puanteur douceâtre et oppressante qui imprégnait tout l'espace s'empara de lui et l'envahit d'un malaise indéfinissable ; dans ce lieu étrange, sans repères, il se sentit fragile, vulnérable, comme si quelque chose de lui avait aussi disparu.

Il avançait, se frayant un chemin dans ce paysage en ruines, contournait les souches noircies, franchissait les murs de taillis qui ensuite retombaient en cendres derrière lui. Par moments il s'arrêtait, croyant percevoir des soupirs étouffés, des présences invisibles qui l'observaient. Il accéléra le pas. Le ciel bleu qu'il apercevait entre les cimes atrophiées dressées comme des poings levés, lui semblait irréel. Il lui rappelait ce ciel qui s'était embrasé en plein après-midi et avait pris les couleurs d'un coucher de soleil, magnifique, brûlant, effrayant.

Il eût le sentiment que tout pouvait arriver, encore.

Soudain, un cri rauque, intense, traversa le silence. Son corps se raidit, l'angoisse le fit frissonner, parviendrait-il encore à décrypter les sons de la forêt ? on aurait dit une plainte, peut-être un animal blessé…, à moins que ce ne soit un signal, une alerte …

Il avait beau regarder autour de lui, plus rien de sauvage ne vivait dans cet environnement chaotique. Pour la première fois il sentit que la forêt lui était devenue hostile.

Alors qu'il cherchait un passage à travers les bois noirs pour fuir cette désolation, il repéra une zone qui lui sembla plus dégagée, une sorte de clairière, bornée tout autour par un enchevêtrement de bois calcinés, de troncs dépouillés. Il s'approcha et découvrit un espace lunaire comme labouré, piétiné, cent fois, mille fois, à l''odeur pestilentielle.

Il s'arrêta net, sidéré, ébranlé par ce qu'il voyait.

Au centre du cercle, ils l'attendaient.

Ils se tenaient là, regroupés, une trentaine de créatures, ou du moins ce qu'il en restait, qui le regardaient. Certains avaient la tête mutilée, avec des excroissances osseuses qui s'entrelaçaient comme des ronces dont la pointe était dirigée vers le front. Des choses aux membres arqués dans des angles impossibles rampaient en grognant, des êtres à demi-calcinés le fixaient depuis les branches, leurs orbites dilatées remplies d'un liquide opaque.

Aussitôt il comprit l'origine de la puanteur qui régnait dans les bois, celle de la chair consumée.

Epouvanté, il fit un pas en arrière, et ce fût suffisant pour briser le silence.

Un grognement sourd résonna, profond et guttural. Et le plus grand d'entre eux tourna sa tête déformée dans sa direction. Lentement. Ses yeux noirs brillant comme du charbon incandescent. Un canidé sur trois pattes grondait sans discontinuer les crocs à l'air, tandis qu'une sorte de touffe de poils dévoilait des griffes prolongées comme des crochets. D'autres s'agitèrent avec des sortes de claquements désynchronisés.

La vision le figea. Le cœur battant, paralysé par l'effroi, il se savait impuissant contre cette horde monstrueuse qui se tenait devant lui, prête à la charge, tempêtant du sabot sur le sol, ahanant d'impatience avant l'attaque imminente. Dans un déferlement de croassement, de hurlement, de piaillement, de gémissement, implacablement, les créatures avançaient vers lui, se rapprochaient, l'entouraient jusqu'à venir le renifler, le sentir, dangereusement.

Et le cercle se referma lentement autour de lui.

Il était devenu la proie.

Il sentit sa gorge se nouer, la peur sourde se mêlant à une fascination morbide. Là où il était, personne ne l'entendrait crier, il n'y avait plus de lieu où se réfugier.

Il voulait fuir, mais son corps refusait de bouger. Un pas en avant, le renard bondirait sur lui. Un geste brusque et les oiseaux déferleraient comme un nuage de lames tranchantes. Ces créatures n'étaient plus des animaux. Elles étaient autre chose. Nées du feu, de la douleur. Des aberrations des hommes.

Le cerf poussa un cri. Un cri humain.

Le son le déchira de l'intérieur, un mélange de douleur, de rage et d'appel désespéré. A cet instant, il comprit qu'il n'était pas le seul à avoir peur. Ces monstres étaient des victimes autant que lui. Mais cette pensée fût vite balayée par un craquement sec. L'un des oiseaux avait pris son envol, ses ailes déployées révélant des os saillants aux extrémités.

Fou de peur, il recula d'un pas, puis de deux, se retourna et courut aussi vite qu'il le pouvait, poussé par le souffle des créatures qui se rapprochaient dangereusement, les borborygmes, le martèlement chaotique des sabots qui résonnait, transformant la clairière en un tourbillon de sons, de mouvement.

Il fallait échapper à cette folie.

Il ne reviendrait jamais ici. La forêt qu'il avait connue n'existait plus.

Ce qui restait n'était qu'un cauchemar incarné.

Camille L. 07/01/2025 

Contrepoint
Une chanson douce

Sur le même sujet:

 

Commentaires 2

Invité - Nathalie le dimanche 8 juin 2025 08:48

Ce texte est incroyable. Les descriptions de cette forêt dévastée vous enveloppent, vous enserrent, dans un réalisme effroyable (peut-être qu'habitant le sud de la France, je suis sensibles aux paysages désolés à la suite des feux de forêt). On se demande presque si c'est une histoire fantastique ...Quel talent ! J'ai adoré ...

Ce texte est incroyable. Les descriptions de cette forêt dévastée vous enveloppent, vous enserrent, dans un réalisme effroyable (peut-être qu'habitant le sud de la France, je suis sensibles aux paysages désolés à la suite des feux de forêt). On se demande presque si c'est une histoire fantastique ...Quel talent ! J'ai adoré ...
Sylvie Reymond Bagur (site web) le vendredi 16 mai 2025 15:30

Ce beau texte a été sélectionné pour faire partie du premier volume des Nouvelles de l'HAR. Vous pouvez vous procurer ce recueil de 18 nouvelles écrites par des participants aux ateliers chez votre libraire, à la Fnac et sur Amazon ou en envoyant un message sur le site de l'HAR. Prix 15€

Ce beau texte a été sélectionné pour faire partie du premier volume des [url=https://les-editions-de-l-har.fr/ouvrages-publies-par-editions-de-lhar][b]Nouvelles de l'HAR[/b][/url]. Vous pouvez vous procurer ce recueil de 18 nouvelles écrites par des participants aux ateliers chez votre libraire, à la Fnac et sur Amazon ou en envoyant un message sur le site de l'HAR. Prix 15€
Déjà inscrit ? Connectez-vous ici
mercredi 10 juin 2026
Si vous souhaitez être informé des publications de ce blog :

Textes à redécouvrir

20 novembre 2022
Il y a la musique d'All You Need is Love, reprise en chœur par les copains et les cousins, quand Louise, au bras de son jeune mari, sort de la petite ...
1619 lectures
3 février 2025
343
Couloir gris de la fac. Elle se tient contre le mur et dans ses doigts crispés, son téléphone. Autour d'elle, des élèves se pressent. Elle s applique ...
693 lectures
14 novembre 2022
Et il y a cette femme. Elle est là, face à la mer. Sans quitter des yeux l'étendue souveraine, implacable, elle se défait de ses vêtements, entre dans...
1565 lectures

Phrases d'auteurs...

"Si vous avez quelque chose à dire, tout ce que vous pensez que personne n'a dit avant, vous devez le ressentir si désespérément que vous trouverez un moyen de le dire que personne n'a jamais trouvé avant, de sorte que la chose que vous avez à dire et la façon de le dire se mélangent comme une seule matière - aussi indissolublement que si elles ont été conçus ensemble."  F. Scott Fitzgerald

"Le romancier habite les seuils, sa tâche est de faire circuler librement le dedans et le dehors, l'éternité et l'instant, le désespoir et l'allégresse."  Yvon Rivard

" La vie procède toujours par couples d’oppositions. C’est seulement de la place du romancier, centre de la construction, que tout cesse d’être perçu contradictoirement et prend ainsi son sens."  Raymond Abellio

"Certains artistes sont les témoins de leur époque, d’autres en sont les symptômes."  Michel Castanier, Être

"Les grandes routes sont stériles." Lamennais 

"Un livre doit remuer les plaies. En provoquer, même. Un livre doit être un danger." Cioran

"J'écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l'aventure d'être en vie."Henri Michaux

"La littérature n’est ni un passe-temps ni une évasion, mais une façon–peut-être la plus complète et la plus profonde–d’examiner la condition humaine." Ernesto Sábato, L’Ecrivain et la catastrophe

"Le langage est une peau. Je frotte mon langage contre l'autre. " Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux 

 

 

Mon blog personnel

Des articles sur l'écriture, des conseils, des exemples, des bibliographies et mes propres textes. Ci-dessous, les derniers articles publiés.

Visitez mon blog

Faire peur au lecteur !
Faire peur au lecteur !
« L’émotion la plus forte et la plus ancienne de l’humanité c’est la peur, et la peur la plus ancienne et la plus forte est celle de l’inconnu. » affirme H. P. Lovecraft. Mais, sous l’évidence du mot et de l’émotion qui lui est associée, qu’est-ce finalement, la peur ?...

Lire la suite

Mots-clés

Absence Acronymes Adresse Afrique Allégorie Alpinisme Amour Anaphore Animal Antonin Artaud Argent Attente Auteur participant aux ateliers Autoportrait Avocats Avortement Baiser Bateau Blaise Cendrars Bleu Bourreau Buzzati Cadre Cafè Campagne Christian Bobin Chronologie Cinéma Concours Construction Conte Corps Corse Couleur Couleurs Couple Course Covid Crescendo De dos Description Désert Désir Dialogue Diderot Douleur Ecrire Ecrire ailleurs Ecriture automatique Ecriture volcanique Ecrivain Emmanuel Berl Enfance Enterrement Enumérations Ephémère Épilogue Epiphanie Erotisme Exil Fable Faits divers Famille Fantastique Faulkner Felix Fénéon Femme Fenêtre Fête Fiction Filiation Flux de conscience Focalisation Folie Fragments Gabriel Garcia Marquez Gestes Giono Guerre Haïkus Henri Michaux Hôpital Humour Idiomatiques Ile Imaginaire Inceste Incipit Indicible Instant Intelligence artificielle Ironie Jalousie Japon Jardin Jean Tardieu Jeu Journal intime Julio Cortázar Justice La vie Langue Larmes Laurent Gaudé Légende Léon Bloy Lettres Lieu Littérature américaine Main Marche Maternité Mauvignier Médias Mémoire Métaphore Métro Michon Micro nouvelles Miroir Moment d'abandon Moment historique Monologue Intérieur Monuments Mort Mots Mouvement Musée Musicalité Musique Mythe Mythes Naissance Narrateur Noms de personnage Nourriture Nouvelles Novalis Nuit Numérique Objets Obsession Odeurs Oxymores Pacte de lecture Paternité Patio Paysage Peinture Personnage Personnage noir Peur Photo Phrase Phrases Pierre Michon Poésie Point de vue Polyphonie Portes Portrait Printemps des poètes Prison Projection de soi Pronoms Quotidien Raymond Queneau Récit d'une vie Recueil de nouvelles Réécriture Rencontres Résilience Retour Révolution Rituel Roman Romantisme Rythme Scène Science-fiction Sculpture SDF Secret Sensation Sève d'automne Silence Soir Solitude Son Souvenir Souvenirs Sport Stages Steinbeck Stupéfiants Style subjectivité Sujets d'actualité Superposition des temps Synesthésie Synonymes Tain Téléphone Témoignage Temporalité Texte avec "tu" Textes écrits à plusieurs Tobias Wolff Train Venise Vie Vieillissement Ville Violence Visage Voix Volcanicités Voyages Voyeur Zola Zoom