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Un petit dérivatif

1914_18 Atelier- Ecrire d'après une scène de cinéma

Clameurs goguenardes, moqueuses, hargneuses.

Messieurs ! ça siffle, ça gueule bouche béante, ça gouaille, ça remue.

Usée, râpée, à bout, ivre peut être. Une troupe. Des hommes, unis dans un même corps, qui se sont battus pour défendre, défendre quoi ? Surgis du néant de la bestialité, ils gueulent, dans le beuglant, à s'en démantibuler, pour hurler qu'ils existent.

Dax, dehors, perçoit le tumulte, entend la plainte, écoute.Messieurs, qu'est-ce que serait la vie sans un petit dérivatif !

Et voilà monsieur Loyal, un type au gilet bistrotier qui la tire du fond du caboulot sous l'éclat d'une rampe factice. Une chevrette arrachée au troupeau, qu'on mène à la foire, à l'abattoir.

Un frêle rayon de lune, blonde, fragile, face au chaos ténébreux de ces corps entassés, de ces gargouilles hirsutes. Il va chercher au plus profond de leurs secrets instincts, de ceux auxquels ils ont rêvé au fond de la tranchée, de ceux que leur main poisseuse et meurtrie a tenté de raviver, d'ériger, haletants. Une meute frustrée, désemparée, qui attend, gronde, aboie, assise dans la pénombre. Elle susurre Guten tag. Hé, tu pourrais parler une langue civilisée ! roulis de corps débraillés, de guingois, de traviole qui la découvre, hilare. Ça vocifère l'approbation, ça s'esclaffe. Elle est presque diaphane dans sa timidité, prête à rompre, égarée. Et Monsieur loyal hâbleur montre, désigne en ondulant, dessine un petit talent naturel de sa voix nasillarde. Doigts baveux dans des bouches fendues, trognes tendues, violacées, tumulte railleur. Ennemie d'outre Rhin, d'outre-tombe. Tant mieux.

Aucune retenue pour la croquer. Elle est debout, exhibée, violée par tous ces regards concupiscents qui suintent. Monsieur Loyal qui touche, qui enlace…pour les autres. Eux la. déshabillent déjà.

Elle a un gosier en or ! précise le type. Boucan du diable, les mains claquent comme des rafales, cognent sur les tables, ça éructe. Elle hésite, désorientée, bouche ouverte, ânonne, inaudible. Le petit homme la redresse. Ça rugit. Ça tangue sur les visages. Une salve de violence verbeuse comme on prend les armes pour se défendre, pour ne pas succomber, pour faire sonner ce qui reste de force quand on est faible. Plus fort !

Sa voix trébuche des mots qui affleurent, légers, des plumes de mots qui s'élèvent. Et puis un son ténu, une voix dépouillée sans artifice sans timbre, une mélodie nue qui apaise leur fièvre. L'assaut cesse peu à peu, l'espace ploie sous le silence de la mélodie. Le fidèle hussard raconte une tristesse qui n'a pas de fin et la langue de l'ennemi se mue en caresses d'amour.

Une attention presque enfantine saisit les regards comme lorsqu'on dévoile un conte le soir venu, une douceur en équilibre, douloureuse.

Devant ces hommes chavirés elle se dresse, chante. Une apparition face aux ténèbres où s'ébauche un clair-obscur d'émotions simplement humaines.Une tête s'incline, un dos se voute, puis lentement les voix s'unissent, fredonnent. Un visage résille se ride d'une nostalgie inquiète. Une lueur éclaire une figure désarmée dont les yeux clignent de mélancolie. Un sanglot noue les gorges et semble dire que le désir s'est éteint.

Entre des cils embués se devine une lassitude, une solitude immense. Une tête oscille au rythme de la mélodie, des vagues plissent un front, un frêle sourire hésite au coin d'une bouche. Des souvenirs flottent, invisibles, qui racontent l'espoir. Un jeune homme blond efface une larme. A ses côtés une larme roule sur une joue, sous le poids d'une peine infinie.

Dax baigné d'amertume s'éloigne. Il laisse à cette vaine acmé encore quelques instants avant de repartir au combat. 


Les Sentiers de la gloire

Film de Stanley Kubrick, scène finale dite de la chanson
Les sentiers de la gloire Epilogue
Les Éphélides d'Azur ou Les Volcans de peau

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